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	<title>Serge Quadruppani</title>
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		<title>Haiti, un pays mondialis&#233; &#224; mort</title>
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		<dc:creator>Serge Quadruppani</dc:creator>

<category domain="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique10">Archives de l'avenir</category>


		<description>J'ai &#233;crit et publi&#233; cet article (notamment dans No Pasaran) il y a dix ans, apr&#232;s un s&#233;jour d'un mois et demi en Haiti. Si Aristide n'est plus l&#224;, il me semble que l'immense catastrophe actuelle n'a fait malheureusement que montrer que ce texte est toujours d'actualit&#233;.

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&lt;a href="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Archives de l'avenir&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1
Des cochons et des lois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Jacmel, novembre 1999 : dans la ti&#233;deur cara&#239;be, sur la plage de sable gris o&#249; la mer bat contre la carcasse d&#233;compos&#233;e de l'Albano, navire &#233;chou&#233; l&#224; va savoir quand, devant le Yaquimo, &quot;pub-bar ristorante italien&quot; (o&#249; l'on ne sert que de la cuisine locale), on les aper&#231;oit, paissant les d&#233;tritus dont la ligne court en parall&#232;le &#224; la mer : les cochons noirs d'Ha&#239;ti. Ils sont bien l&#224;, paisibles et voraces, et leur pr&#233;sence est une bonne nouvelle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1981, sous la dictature de B&#233;b&#233; Doc, fut men&#233;e une campagne d'&#233;radication de la Peste Porcine dite Africaine (PPA), enti&#232;rement financ&#233;e par le gouvernement &#233;tasunien. Elle consistait &#224; faire abattre jusqu'au dernier les cochons cr&#233;oles (noirs), bien adapt&#233;s aux conditions locales, pour les faire remplacer par les cochons nord-am&#233;ricains (roses), bien plus fragiles. Des brigades &quot;d'allure vaguement para-militaire&quot; soutenues par les tontons-macoutes traqu&#232;rent syst&#233;matiquement le cochon noir jusqu'au fond des campagnes. En r&#233;alit&#233;, le cochon noir &#233;tait &quot;porteur sain&quot; de la PPA : il &#233;tait en excellente sant&#233;, et sa viande pouvait &#234;tre consomm&#233;e sans danger. Mais la PPA repr&#233;sentait une menace mortelle pour les &#233;leveurs nord-am&#233;ricains dont les cochons roses, beaucoup moins r&#233;sistants, risquaient de crever en masse, en cas d'&#233;pid&#233;mie dans leurs porcheries ultra-moderne. Comme l'&#233;crit A.-M. d'Ans, &#171; l'abattage des cochons ha&#239;tiens fut donc une t&#226;che de solidarit&#233; obligatoire, impos&#233;e par les &#233;leveurs am&#233;ricains &#224; Ha&#239;ti, avec la connivence de autorit&#233;s ha&#239;tiennes de l'&#233;poque &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On sent bien ce que cette histoire d'animal noir porteur sain d'un mal mortel pouvait &#233;veiller comme fantasme chez les nord-am&#233;ricains &#224; peau rose, quand on se souvient qu'&#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque, Ha&#239;ti fut d&#233;sign&#233;e comme la terre natale du sida. Du c&#244;t&#233; du paysan ha&#239;tien, contraint de r&#233;aliser son &quot;capital sur pattes&quot; sans attendre le moment opportun (c&#233;r&#233;monie aux esprits vaudous ou au dieu chr&#233;tien, rentr&#233;e scolaire&#8230;), l'op&#233;ration a d&#251; simplement appara&#238;tre comme la derni&#232;re, et vraiment pas la pire, des exactions absurdes et innombrables inflig&#233;es par le pouvoir central. Contrairement &#224; ce que croyait d'Ans, le cochon cr&#233;ole a surv&#233;cu : on en aper&#231;oit beaucoup dans les campagnes et jusque dans les ravines de Port-au-Prince, on voit aussi beaucoup de sangs-m&#234;l&#233;s dont les robes peuvent arborer toutes les gradations et les taches en rose et noir. Je vois dans ces porcs le signe de l'opini&#226;tre et inventive r&#233;sistance du peuple rural &#224; ses ma&#238;tres noirs, roses (Blancs) ou tachet&#233;s (mul&#226;tres). Depuis trois si&#232;cle, le Ha&#239;tien a appris &#224; consid&#233;rer l'autorit&#233; &#233;tatique et ceux qui la monopolisent comme un mal non n&#233;cessaire et n&#233;anmoins in&#233;vitable. Du sud de l'Italie &#224; l'Indochine en passant par l'ex-URSS et l'Afrique noire, on peut consid&#233;rer que ce sont des milliards de gens, peut-&#234;tre la majorit&#233; de la population mondiale, qui se sont ainsi, pendant des si&#232;cles, organis&#233;s plus ou moins bien pour vivre en d&#233;pit de l'Etat &#8212; et qui continuent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Ha&#239;tien de la rue et des champs n'en finit pas de payer pour l'h&#233;ro&#239;sme de ses anc&#234;tres, pour le geste magnifique des esclaves chassant leurs ma&#238;tres et cr&#233;ant la premi&#232;re R&#233;publique noire de l'histoire. A peine ceci accompli, leurs chefs, les Toussaint Louverture et les Dessalines, n'eurent qu'une h&#226;te : r&#233;tablir le syst&#232;me des plantations et une forme d&#233;guis&#233;e d'esclavage, &#224; leur propre profit. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce que, devant un tel programme, les ex-esclaves aient fui dans les mornes (les montagnes), pour y d&#233;velopper une agriculture de subsistance. Jusqu'&#224; Duvallier dit Papa Doc, l'histoire politique d'Ha&#239;ti s'est r&#233;sum&#233;e &#224; l'affrontement de deux castes, celle des militaires noirs surtout pr&#233;sents au Nord (Cap Ha&#239;tien) et celle de la bourgeoisie mul&#226;tre dominante &#224; Port-au-Prince. Entre-temps, aura lourdement pes&#233; sur l'&#238;le le paiement de la ran&#231;on de son ind&#233;pendance. Ce n'est en effet qu'en 1825 qu'Ha&#239;ti obtint sa reconnaissance internationale, quand Charles X &quot;consentit&quot; &#224; la lui accorder (sans la nommer) contre le paiement d'une indemnit&#233; de 150 millions de francs aux colons fran&#231;ais : la n&#233;cessit&#233; de s'acquitter de cette dette entra&#238;na, entre autre cons&#233;quences, la militarisation des campagnes, et, de la part des paysans qui cherchaient &#224; lui &#233;chapper, une nouvelle fuite dans les mornes. Le remboursement imm&#233;diat par la France de cette somme, augment&#233;e des int&#233;r&#234;ts, appara&#238;t comme le minimum exigible de la part d'un Etat qui passe son temps &#224; donner des le&#231;ons en droits de l'homme et en d&#233;veloppement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Blanc qui se mettrait en t&#234;te de marcher dans les rues de Port-au-Prince doit se pr&#233;parer &#224; conna&#238;tre une exp&#233;rience qui n'a pas grand chose &#224; voir avec les joies du baguenaudage. H&#233;sitant entre une chauss&#233;e o&#249; r&#232;gne une jungle automobilistique d'avant le Code, et des trottoirs que se disputent une foule d'une densit&#233; impressionnante et les paniers des marchand et marchandes des rues, suant dans un centre-ville qui m&#233;rite bien son surnom de &#171; Chaudron &#187;, peinant sur les rudes pentes o&#249; les faubourgs s'&#233;talent sur des distances interminables jusqu'&#224; P&#233;tionville la bourgeoise, attentif o&#249; il pose le pied (la bouche d'&#233;go&#251;t &#224; ciel ouvert n'&#233;tant pas rare), asphyxi&#233; par les nuages noirs des gaz d'&#233;chappement d'un carburant de mauvaise qualit&#233;, nuages que les gens d'ici ont appris &#224; subir sans broncher, soumis &#224; tous ces al&#233;as assez banals dans le Sud, il s'apercevra soudain, avec des sentiments m&#233;lang&#233;s, qu'il est, au milieu de ces milliers de visages noirs, le seul blanc qui marche. A Port-au-Prince, les blancs ne vont pas &#224; pied : on parle, comme d'une pittoresque exception d'un cur&#233; qui s'obstinerait, chaque jour, &#224; descendre les pentes. Ici, les blancs roulent, le plus souvent dans des v&#233;hicules tout terrain frapp&#233;s du sigle d'une ONG ou d'une agence de l'ONU.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A travers la pr&#233;sence de centaines d'institutions et d'organisations, et de milliers d'&#171; internationaux &#187;, Ha&#239;ti partage avec le Cambodge, le Kosovo et quelques autres lieux le privil&#232;ge d'&#234;tre sous occupation ONU-ONG. Pour juger des objectifs et des cons&#233;quences de cette imposition de facto d'une souverainet&#233; limit&#233;e, il faudrait, &#224; l'&#233;cart autant du radicalisme creux que de l'ang&#233;lisme droidlomiste, arriver &#224; se mettre dans la peau du prol&#233;taire d'ici : la m&#233;taphore m&#234;me dit assez la difficult&#233; de la chose, surtout quand on sait que nombre de Ha&#239;tiens classent spontan&#233;ment leurs compatriotes sur une &#233;chelle de pigmentation comprenant d'une douzaine &#224; une vingtaine de nuances, du tr&#232;s noir au presque blanc, chaque cat&#233;gorie &#233;vitant en g&#233;n&#233;ral de se m&#233;langer &#224; celle &#171; d'en dessous &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De quelque couleur qu'il soit, le Ha&#239;tien qui n'&#233;tait pas li&#233; &#224; un pouvoir criminel, ne pouvait que se r&#233;jouir du r&#244;le que joua par moments la MICIVI (Mission civile en Ha&#239;ti), lorsque l'ONU et l'OUA eurent impos&#233; son installation dans un pays encore sous la botte des militaires qui avaient renvers&#233; Aristide. Par exemple, lors des fun&#233;railles de victimes de la dictature, certains des participants ayant cri&#233; des slogans en faveur du cur&#233; qui incarnait alors les espoirs des opprim&#233;s des bidonvilles, l'&#233;glise fut cern&#233;e par la police et le chef de la MICIVI fit alors venir toutes les voitures de l'ONU disponibles pour &#233;vacuer, masqu&#233;s, les gens menac&#233;s et les flics ne purent les arr&#234;ter. Moment fugitif et paradoxal o&#249; la bureaucratie onusienne joua le r&#244;le d'un contre-pouvoir. Mais quand Aristide revint, avec l'appui des Am&#233;ricains, et de l'ONU dans ses bagages, tr&#232;s vite cette seconde occupation &#233;tasunienne dut &#233;voquer, dans la m&#233;moire populaire, les mauvais souvenirs de la premi&#232;re (1915-1934).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A pr&#233;sent, les agences de l'ONU ne repr&#233;sentent plus que les b&#233;quilles d'un Etat embryonnaire livr&#233; aux app&#233;tits des cliques dirigeantes qui se disputent le pouvoir. A travers l'ONU et les ONG, la d&#233;mocratie capitaliste mondiale s'efforce d'imposer ses normes &#224; une soci&#233;t&#233; domin&#233;e jusque-l&#224; par une conception purement familiale et clanique du pouvoir. Avec Papa Doc, on avait eu, &#224; travers le r&#233;seau des tontons Macoute, ce que A.-M. d'Ans a appel&#233; une &#171; d&#233;mocratisation de la corruption &#187; : la possibilit&#233; de &#171; rendre des services &#187;, de &#171; pistonner &#187;, de pr&#233;lever sa d&#238;me sur toute circulation d'argent public, et de vendre la totalit&#233; des services quotidiens que l'Etat, dans les pays modernes, rend gratuitement (en &#233;change de l'imp&#244;t), cette possibilit&#233; n'&#233;tait plus r&#233;serv&#233;e aux seuls membres de l'oligarchie (noire et mul&#226;tre), mais diffus&#233;e aussi &#224; un niveau inf&#233;rieur. De sorte que la plupart des familles n'&#233;taient pas m&#233;contentes d'avoir un tonton macoute dans leurs rangs, m&#234;me si ces nervis faisaient r&#233;gner une terreur constante par la torture et le meurtre, et m&#234;me si, B&#233;b&#233; Doc parti, on a r&#233;gl&#233; des comptes avec une partie d'entre eux (mais une autre partie, bien entendu, a su se reconvertir).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'ONU et les ONG s'&#233;chinent maintenant &#224; enseigner les normes d'un ordre social o&#249; la domination de classe atteindrait un degr&#233; suffisamment abstrait pour que chacun ait l'impression d'&#234;tre &#171; &#233;gal en droit &#187;. Le r&#233;sultat de cette action, c'est qu'il peut arriver que des sanctions soient prises contre ceux qui ne respectent pas les normes dans les rangs inf&#233;rieurs (des policiers violents, par exemple, peuvent &#234;tre poursuivis). Toutefois, la corruption, les pr&#233;bendes et l'appropriation privative de l'Etat n'ont pas disparu, elles ont simplement reflu&#233; vers le haut, vers ceux qui se partagent le peu d'Etat qui subsiste (principalement sa repr&#233;sentation face au monde), membres de la haute bourgeoisie, religieux de haut rang et repr&#233;sentants des classes moyennes qu'ils ont coopt&#233;s. Simple exemple parmi d'autres, le seul serveur internet install&#233; en Ha&#239;ti a &#233;t&#233; oblig&#233; de fermer parce que des amis d'Aristide avaient l'intention d'en ouvrir un bient&#244;t. L'ambigu&#239;t&#233; de l'action internationale appara&#238;t ridicule quand des fonctionnaires aux salaires de cadres sup&#233;rieurs nord-am&#233;ricains (entre 30 et 50 000 francs, parfois beaucoup plus) viennent exhorter des juges pay&#233;s cent fois moins &#224; renoncer &#224; la corruption.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette ambigu&#239;t&#233; devient franchement insupportable, comme ce jour o&#249; j'ai accompagn&#233; un membre d'une ONG autoris&#233; &#224; entrer dans un commissariat pour venir se renseigner sur la situation d'un pr&#233;venu. Le prisonnier &#233;tait l'un des dirigeants d'une organisation qui, pour commencer &#224; r&#233;pondre &#224; un criant besoin de logements, avait occup&#233; un vaste terrain dans le dessein d'y construire un ensemble de logements populaires. L'action avait eu d'abord le soutien du maire aristidien de la commune. Mais ensuite, celui-ci avait perdu son poste et le propri&#233;taire du terrain, la famille Meuse, une des plus riches d'Ha&#239;ti, avait su se m&#233;nager l'appui d'Aristide et il s'est donc trouv&#233; un juge pour emprisonner le dirigeant de l'organisation sous un pr&#233;texte fallacieux. C'est ainsi que je me suis retrouv&#233; face &#224; des cellules de garde &#224; vue o&#249; les d&#233;tenus peuvent rester jusqu'&#224; six mois et o&#249; ils sont tellement entass&#233;s qu'ils s'y tiennent accroupis et ne peuvent jamais s'allonger, et tandis que tous ces visages noirs se tournaient vers moi &#224; travers les barreaux, je me suis rendu compte qu'on m'avait laiss&#233; accompagner mon copain sans me demander aucun papier simplement parce que je suis blanc. Pour la m&#234;me raison, quelles que soient les transgressions que je commettrais, je pouvais tenir pour assur&#233; de ne jamais me retrouver dans l'extr&#234;me inconfort o&#249; ils &#233;taient. Deux cents ans apr&#232;s la r&#233;volte de Toussaint Louverture, je me retrouvais dans la peau du Blanc libre face aux n&#232;gres emprisonn&#233;s dans des conditions inhumaines (et je ne peux pas dire que je me suis senti plus &#224; l'aise en me rappelant comment le peuple ha&#239;tien sait s'entasser dans les moyens de transport collectifs au-del&#224; de ce que je pourrais supporter).
Les voitures marqu&#233;es du sigle UN qui avaient sembl&#233; apporter avec elles un bol d'air libre, n'incarnent plus aux yeux des gens de la rue que l'arrogance d'une bulle de richesse qui leur est herm&#233;tiquement ferm&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;2
Un pays invent&#233; par le commerce
(et qui en cr&#232;ve)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les limites de la notion de &#171; mondialisation &#187; ne sont nulle part plus visibles qu'en Ha&#239;ti. Nulle part l'id&#233;e de retour &#224; un &#226;ge d'or ne r&#233;v&#232;le autant son ineptie. En effet, comme on sait, le pays a &#233;t&#233; d&#233;couvert par Colomb en qu&#234;te d'une voie plus courte pour aspirer les richesses de l'Inde dans le circuit marchand de l'Europe. Et les Espagnols n'ont commenc&#233; &#224; s'int&#233;resser vraiment &#224; cette &#238;le qu'au moment o&#249; ils ont vu qu'ils pouvaient y d&#233;velopper la culture d'une plante susceptible d'entrer dans ce circuit : la canne &#224; sucre. Au prix du g&#233;nocide des Ta&#239;nos, la population qui occupait alors l'&#238;le (op&#233;r&#233; par les armes mais surtout par les maladies et la destruction des liens sociaux), a donc commenc&#233; la premi&#232;re p&#233;riode de l'industrie sucri&#232;re, interrompue ensuite pour un si&#232;cle quand les plantations du Br&#233;sil se sont av&#233;r&#233;es plus performantes. Durant cet interm&#232;de, l'&#238;le fut livr&#233;e aux boucaniers qui, loin des joyeux libertaires qu'imagine l'iconographie radicale, &#233;taient des petits entrepreneurs dynamiques et f&#233;roces. Pour chasser les troupeaux de bovid&#233;s qui avaient prosp&#233;r&#233; dans l'&#238;le apr&#232;s le d&#233;part des Espagnols qui les y avaient apport&#233;s, les boucaniers se faisaient fabriquer sp&#233;cialement des armes ultra-modernes en Europe et recrutaient des sortes de serfs parmi la petite paysannerie appauvrie par l'&#233;volution &#233;conomique dans l'Ouest de la France. Ainsi &#233;quip&#233;s, ils fournissaient en viande fra&#238;che les flibustiers qui, eux-m&#234;mes, ne &#171; travaillaient &#187; qu'en fonction des rapports de force g&#233;opolitiques de la r&#233;gion : m&#234;me l&#224; on est tr&#232;s loin de l'&#238;le au Tr&#233;sor et de Robinson !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La deuxi&#232;me p&#233;riode de l'&#233;conomie sucri&#232;re vit porter &#224; son paroxysme la logique de ce type de monoculture enti&#232;rement tourn&#233;e vers la production d'une marchandise pour le march&#233; mondial : logique d'exploitation &#224; mort des hommes &#8212; les esclaves transport&#233;s d'Afrique et maintenus dans d'atroces conditions concentrationnaires &#8212; et des sols (d&#232;s qu'une zone &#233;tait &#233;puis&#233;e, on passait &#224; la suivante). Ensuite, comme on l'a d&#233;j&#224; dit, Toussaint Louverture et ses successeurs n'eurent de cesse de r&#233;installer ce syst&#232;me, et l'on ne doit qu'&#224; la r&#233;sistance des anciens esclaves constitu&#233;s en petite paysannerie que la totalit&#233; d'Ha&#239;ti ne soit pas aujourd'hui un d&#233;sert. Mais on n'en est aujourd'hui plus loin. Comme la classe dirigeante s'est satisfait des revenus du sous-d&#233;veloppement (entretenu aussi par le service de la dette &#224; la France, sold&#233;e seulement dans les ann&#233;es cinquante du XXe si&#232;cle) et n'a jamais su ni voulu d&#233;velopper d'industrie locale, le pays est rest&#233; massivement agricole, avec cultures de subsistances dans les mornes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais ces cultures ont cess&#233; depuis longtemps de nourrir de mani&#232;re satisfaisante les populations rurales. A cause de la pression d&#233;mographique d'abord &#8212; bien entretenue par les cur&#233;s (rappelons que le second personnage de l'&#233;glise catholique ha&#239;tienne &#233;tait, au d&#233;but du r&#232;gne Duvallier, le cardinal Ducaud-Bourget, devenu par la suite le chef des int&#233;gristes de Saint Nicolas du Chardonnet). A cause aussi du blocus impos&#233; par les bonnes &#226;mes humanitaires contre le r&#233;gime Duvallier et qui, l&#224; comme ailleurs, s'est exerc&#233; exclusivement aux d&#233;pens des plus pauvres : en effet, leur seule ressource &#233;nerg&#233;tique &#233;tant constitu&#233;e par le charbon de bois, ils ont aggrav&#233; le d&#233;boisement, synonyme de ravinement et de disparition des terres cultivables. La d&#233;gradation des conditions de vie &#224; la campagne est visible dans le fait qu'en plusieurs r&#233;gions, on est pass&#233; du stade de la charrue &#224; celui de la&#8230; houe. Aujourd'hui, une bonne part d'Ha&#239;ti, vu d'avion, ressemble &#224; une terre br&#251;l&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut encore, dans des recoins bois&#233;s, apercevoir un homme qui souffle dans une corne, appelant les gens des alentours &#224; une corv&#233;e commune. Toute une litt&#233;rature ethnologique et apolog&#233;tique a fleuri autour de la &#171; combite &#187;, association traditionnelle de paysans. Ces formes de solidarit&#233; sont en pleine d&#233;composition, sous la pression d&#233;mographique, mais pas seulement. Dans l'Artibonite, zone de rizi&#232;res qui produit le &#171; riz national &#187; dont, officiellement, on est tr&#232;s fier, des ONG croyant bien faire, ont voulu mieux int&#233;grer les paysans dans le circuit marchand et leur ont offert de l'argent pour accomplir des corv&#233;es de d&#233;sengorgement des canaux qui, autrefois, &#233;taient r&#233;alis&#233;es en commun. R&#233;sultat : nettoyage des canaux les plus rentables et explosion de la solidarit&#233;. Quand on sait que la moyenne est &#224; pr&#233;sent d'un demi-hectare par famille de cinq enfants, que des &#233;coles rurales refusent de prendre de nouveaux &#233;l&#232;ves (elles en sont &#224; cent par classes) et surtout que le riz am&#233;ricain envahit &#224; pr&#233;sent le march&#233; et se vend bien moins cher que le riz national, on comprend ce qui reste &#224; faire au paysan : gagner la ville.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi donc, hors les terres br&#251;l&#233;es et les rizi&#232;res, quelque zones bois&#233;es subsistent, et quelques petites villes vivotent, coup&#233;es du monde non par la distance mais par l'&#233;tat des pistes (ce ne sont plus des routes, puisqu'au rev&#234;tement de ciment, plus durable, on a pr&#233;f&#233;r&#233; en g&#233;n&#233;ral l'asphalte, plus profitable pour les compagnies internationales), Ha&#239;ti, c'est surtout deux m&#233;tropoles qui gonflent sous l'effet de l'exode rural, Port-au-Prince et Cap Ha&#239;tien. Cette derni&#232;re ville est pass&#233;e, en dix ans, de 80 000 &#224; cinq cents milles habitants. Les centre-villes atteignent des degr&#233;s de d&#233;composition parfois difficiles &#224; imaginer. Les bidonvilles poussent &#224; la p&#233;riph&#233;rie mais aussi, &#224; Port-au-Prince dans les ravines : tandis que les cr&#234;tes sont occup&#233;es par les villas des riches, les cahutes en dur des pauvres s'entassent sur les pentes et s'effondrent avec les premi&#232;res inondations. Pas &#233;tonnant que l&#224;, comme ailleurs, plus qu'ailleurs, se d&#233;veloppe l'industrie de la peur. Omnipr&#233;sence des barreaux, des barbel&#233;s, des gardes priv&#233;s munis de fusils &#224; pompe : &#224; P&#233;tionville, il y en a jusque devant les p&#226;tisseries.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les rues sont encombr&#233;es de panneaux &#233;crits, presque tous en fran&#231;ais, que la grande majorit&#233; des gens, &#224; pr&#233;sent, ne savent pas vraiment lire, puisqu'ils ne parlent que cr&#233;ole &#8212; et sont souvent analphab&#232;tes. La majorit&#233; sont des enseignes de boutique qui proclament la foi en Dieu et la nature de la marchandise propos&#233;e : &#171; J&#233;sus-Christ Roi des Rois Cola Boisson Gazeuse Clairin Riz &#187;. Les autres, &#233;galement omnipr&#233;sents, pr&#233;sentent les deux seules mani&#232;res de s'enrichir qui s'offrent &#224; l'immense majorit&#233; de la population : les boutiques de loterie (certaines fonctionnent sur le championnat de foot italien, d'autres sur des tirages &#224; New York ou &#224; Saint Domingue), et les &#233;coles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A mon arriv&#233;e, les &#233;coles publiques &#233;taient en gr&#232;ve. Un mois plus tard, la gr&#232;ve s'&#233;tait beaucoup effiloch&#233;e mais n'&#233;tait toujours pas termin&#233;e. Le pr&#233;c&#233;dent gouvernement avait promis une augmentation de 30 pour cent aux enseignants, l'actuel refusait de tenir la promesse : tout cela portant bien s&#251;r sur un salaire d&#233;risoire, insuffisant pour nourrir la famille (et pendant ce temps, dans les bureaux du Minist&#232;re, des coop&#233;rants fran&#231;ais &#224; 50 000 frs par moi imaginent de savantes strat&#233;gies p&#233;dagogiques). Donc, prosp&#232;rent les &#233;coles priv&#233;es, o&#249; affluent les enseignants du public, d&#233;go&#251;t&#233;s : les parents se saignent aux quatre veines pour y envoyer leurs enfants (il faut tout payer, y compris l'uniforme : pas d'&#233;cole sans uniforme). Cela dans l'espoir que l'enfant apprendra assez pour s'assurer un revenu qui fera vivre la famille. Mais sauf dans un tout petit nombre d'&#233;tablissements tr&#232;s chers, l'enseignement est en g&#233;n&#233;ral d'une tr&#232;s basse qualit&#233;. Tout repose sur le &#171; par c&#339;ur &#187; : le soir, dans les villes moyennes, en l'absence d'&#233;lectricit&#233; dans la plupart des maisons la plupart du temps, on voit des dizaines de lyc&#233;ens qui cherchent les sources de lumi&#232;re (magasins, institutions, alliance fran&#231;aise&#8230;) pour lire pendant des heures des textes en fran&#231;ais qu'ils apprennent souvent sans comprendre &#8212; puisque, dans la vie, ils parlent cr&#233;ole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quel est le bilan de la pr&#233;sence massive des organisations internationales ? Il est pour le moins mitig&#233;, m&#234;me si on peut penser que la barbarie institutionnelle, au moins, a recul&#233; : on ne torture presque plus, on tabasse plus rarement, il arrive que les d&#233;tentions arbitraires cessent. Beaucoup d'argent est distribu&#233;, qui sert s&#251;rement aussi, parfois, &#224; aider les plus d&#233;munis &#8212; &#224; les aider &#224; vivoter, &#233;videmment pas &#224; remettre en cause leur mis&#232;re. Mais par ailleurs l'ONU-ONG a cr&#233;&#233;, ici comme partout o&#249; cet ensemble s'installe, une &#233;conomie artificielle qui a beaucoup fait pour la chert&#233; de la vie, et en particulier la hausse vertigineuse des loyers des maisons habitables (les autres, les cahutes dangereuses, sont construites sans droit ni titre). Il y a donc deux soci&#233;t&#233;s qui cohabitent. D'un c&#244;t&#233;, l'immense majorit&#233; de la population, qui vit dans une pr&#233;carit&#233; g&#233;n&#233;rale, avec presque pas d'&#233;lectricit&#233;, pas de soins m&#233;dicaux (dans les h&#244;pitaux, si on peut pas payer les m&#233;dicaments que les ONG ont donn&#233;, on cr&#232;ve), des transports &#233;puisants, pas d'eau courante (fait partie du paysage le d&#233;fil&#233; vesp&#233;ral, jusque dans les villes des fillettes et des femmes, parfois des petits gar&#231;ons, jamais des hommes, qui portent les seaux d'eau sur la t&#234;te : on a fait beaucoup de belles photos avec). De l'autre, la bourgeoisie et les internationaux derri&#232;re leurs barbel&#233;s, avec leurs &#233;quipements et leurs produits du monde entier. Entre les deux, op&#233;rant de bien faibles transferts de richesses, les zengledos, les bandits qui utilisent les armes de l'arm&#233;e dissoute par Aristide pour parfois tuer quelques riches et souvent tuer pour les riches.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Outre la pr&#233;sence encombrante de l'&#171; aide &#187; internationale, le Ha&#239;tien pauvre doit aussi supporter celle des trafiquants de drogue. D'abord, celle, tr&#232;s minoritaire mais n&#233;anmoins d&#233;l&#233;t&#232;re, des trafiquants de coca&#239;ne : quinze pour cent de ce qui est consomm&#233; par les narines &#233;tasuniennes passe par Ha&#239;ti. Les commer&#231;ants en coke contribuent eux aussi &#224; la flamb&#233;e des prix de l'immobilier, car ils se m&#233;fient des banques et investissent dans la pierre et la terre. Ils ach&#232;tent aussi des stations-services : dans un pays aussi sinistr&#233;, il est assez &#233;trange de voir l'incroyable abondance des pompes, et aussi des supermarch&#233;s qui les flanquent, morceaux du r&#234;ve US o&#249; l'on trouve toutes les marchandises que presque personne, dans les pays ne peut s'offrir. Mais les pires trafiquants, quantitativement et qualitativement, ce sont bien s&#251;r les marchands d'opium du peuple : la religion est l'un des principaux fl&#233;aux d'Ha&#239;ti. J'ai retrouv&#233; l&#224;, comme en Asie, particuli&#232;rement visibles et envahissantes, ces sectes protestantes d'origine &#233;tasunienne, fortes de leur fric et acharn&#233;e &#224; &#233;radiquer les traditions communautaires pour imposer la concurrence capitaliste comme volont&#233; de Dieu. Mais Ha&#239;ti, c'est la grande foire des cultes : entre le r&#233;v&#233;rend qui, au Nord, trafique l'aide alimentaire internationale et revend sur les march&#233;s les aliments qui auraient d&#251; &#234;tre distribu&#233;s aux enfants des &#233;coles et l'&#233;v&#234;que qui, au Sud, commande une arm&#233;e de paysans qu'il envoie contre ses adversaires en leur promettant un cochon chacun, &#224; l'exception peut-&#234;tre de quelques rescap&#233;s de la th&#233;ologie de la lib&#233;ration, les hommes d'&#233;glise se conduisent ici comme les pires des hommes de pouvoir. Le premier d'entre eux, Aristide, cur&#233; &#224; peine d&#233;froqu&#233;, attend son heure et laisse ses hommes agir, par le sabotage et l'intimidation, afin que les &#233;lections l&#233;gislatives soient repouss&#233;es jusqu'au moment des pr&#233;sidentielles, o&#249; il esp&#232;re bien enfin acc&#233;der au pouvoir supr&#234;me. Alors, l'ex-lib&#233;rateur d'hier pourra &#234;tre enfin ouvertement ce qu'il est d&#233;j&#224; potentiellement : un Duvallier en plus pr&#233;sentable. Mais outre la personnalit&#233; des religieux, ce qui me para&#238;t le plus grave, c'est au fond l'esprit de r&#233;signation qu'ici comme ailleurs, ici beaucoup plus qu'ailleurs, la religion instille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur nombre de taps-taps (taxis collectifs) de Port-au-Prince, on peut lire ce message obsessionnel : &#171; Merci J&#233;sus &#187;. Au vu de l'Etat du pays, on imagine bien le crapaud de Nazareth en train de ricaner dans sa cr&#232;che : &#171; Pas de quoi, les gars, vraiment pas de quoi ! &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le spectacle antiterroriste et ses metteurs en sc&#232;ne</title>
		<link>http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?article93</link>
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		<dc:date>2009-11-16T17:30:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Quadruppani</dc:creator>

<category domain="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique12">Tarnacoi ?</category>


		<description>Version longue d'un article paru raccourci dans Sin&#233;-Hebdo du 4 novembre

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&lt;a href="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;Tarnacoi ?&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En f&#233;vrier 2009, Mich&#232;le Alliot-Marie exposait l'argumentaire justifiant les &#233;nergies d&#233;ploy&#233;es pour monter le spectacle appel&#233; &#171; affaire de Tarnac &#187; : &#171; L'effondrement du parti communiste et des partis de gauche d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale entraine automatiquement (&#8230;) la r&#233;surgence de groupes tr&#232;s radicaux et souvent violents. Nous sommes aujourd'hui en Europe dans cette phase. Ce qui se passe en Gr&#232;ce, ce qui se pr&#233;pare en Allemagne, en Italie ou en Belgique, ce que nous commen&#231;ons &#224; voir surgir en France, c'est cela. &#187; Et d'inviter ses interlocuteurs &#224; l'aider dans la lutte contre des gens qui &#171; contestent l'Etat, contestent l'autorit&#233; &#187;. Mais &#224; qui demande-t-elle de &#171; cr&#233;er de la part de l'opinion publique un rejet de ces groupes &#187; ? En fait, elle parle &#224; la tribune de la convention annuelle du Mouvement Initiative et Libert&#233;s, association qui se d&#233;fend d'&#234;tre une simple r&#233;surgence du Service d'Action civique (SAC), organisation gaulliste de droite qui s'&#233;tait rendue c&#233;l&#232;bre dans les ann&#233;es 70 par son activit&#233; de fichage et ses interventions muscl&#233;es antigr&#233;vistes et antigauchistes. Mais le MIL a &#233;t&#233; fond&#233; par les dirigeants du SAC peu apr&#232;s l'autodissolution de ce dernier, cons&#233;cutive &#224; la tuerie d'Auriol, affaire de meurtres commis par certains de ses membres, et l'id&#233;ologie que le mouvement d&#233;fend est la m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 2009, la ministre de l'Int&#233;rieur invite donc des &#171; milistes &#187; (je n'ai pas dit &#171; miliciens &#187;) &#224; jouer sur le besoin d'Etat qui travaillerait la population. Les gens, selon elle, seraient &#171; mieux dispos&#233;s &#187; &#224; &#171; isoler &#187; ceux qui attaquent l'Etat. &#171; A condition d'y croire. Je dis bien &#224; condition d'y croire &#187;.
Pour produire cette croyance dont la ministre expose avec tant d'insistance la n&#233;cessit&#233;, le duo Xavier Raufer-Alain Bauer s'est depuis longtemps impos&#233; dans un r&#244;le de conseillers des princes et d'experts m&#233;diatis&#233;s. Leur bin&#244;me est tout &#224; fait dans l'air d'un temps o&#249; le sarkozisme fait fusionner les id&#233;es et les hommes venus de l'extr&#234;me-droite avec ceux provenant de la &#171; gauche &#187; gestionnaire : Raufer (de son vrai nom Christian de Bongain), vient d'Occident et des r&#233;seaux de guerre froide, tandis que Bauer a commenc&#233; du c&#244;t&#233; de Michel Rocard et poursuivi au Grand Orient de France. Le premier semble mieux dou&#233; pour s'imposer dans les milieux universitaires et &#233;ditoriaux, le second pour gagner de l'argent : alors que les deux comp&#232;res ne semblent pas plus pourvus, l'un comme l'autre, de l&#233;gitimit&#233; universitaire &#8211; Raufer n'a pass&#233; que r&#233;cemment un doctorat de&#8230; g&#233;ographie, ce dernier a cr&#233;&#233; d&#232;s 1998 une structure &#224; sa main au sein de l'Institut de criminologie de l'universit&#233; Paris II (avec l'aide d'un prof du Front national), le D&#233;partement de recherches sur les menaces criminelles contemporaines (DRMCC), tandis que Bauer a d&#251; attendre l'ann&#233;e derni&#232;re pour qu'en r&#233;compense des services rendus, le pouvoir sarkozyste cr&#233;e sp&#233;cialement pour lui une chaire de criminologie au Conservatoire des arts et m&#233;tiers, suscitant de nombreuses protestations (mais le fait de ne poss&#233;der qu'un Dipl&#244;me d'&#233;tudes sup&#233;rieures sp&#233;cialis&#233;es ne l'emp&#234;chait pas de dispenser depuis longtemps des cours dans de nombreux instituts &#224; travers le monde). L'un et l'autre se flattent d'&#234;tre enseignants et directeurs de recherche dans ces hauts lieux d&#233;mocratique que sont, en Chine, l'Ecole sup&#233;rieure de police criminelle et le Centre de recherche sur le terrorisme et le crime organis&#233;. Bauer a d&#233;velopp&#233; une soci&#233;t&#233; de conseils en s&#233;curit&#233; qui accumule les contrats juteux avec les collectivit&#233;s locales et les entreprises.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voil&#224; longtemps que l'on sait &#224; quoi s'en tenir sur la &#171; science &#187; du duo. En 1998, leur &#171; Que Sais-Je &#187; intitul&#233; Violences et ins&#233;curit&#233;s urbaines &#233;tait d&#233;j&#224; remarquable par la pr&#233;dominance de l'id&#233;ologie sur l'analyse empirique, alors m&#234;me que les auteurs pr&#233;tendaient avec insistance s'en tenir aux faits : ainsi, toutes les &#233;meutes recens&#233;es dans les quartiers chauds &#233;taient-elles pr&#233;sent&#233;es comme destin&#233;es &#224; prot&#233;ger le trafic de drogue, ce qui permettait ensuite de sugg&#233;rer une pr&#233;tendue mesure de la croissance du trafic.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Publi&#233;e par nos duettistes sous un titre qui fleure l'altermondialisme, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La face noire de la mondialisation&lt;/i&gt; est en fait la transcription sur un support prestigieux et pr&#233;tendument neutre (les &#233;ditions du CNRS) des th&#232;ses du DRMCC, d&#233;clin&#233;es sur le site de ce dernier souvent exactement dans les m&#234;mes termes que dans le livre, d&#232;s les d&#233;clarations de principe du d&#233;partement et ensuite, jusqu'&#224; plus soif, dans d'innombrables articles. Le discours op&#232;re en deux temps : description terrorisante du monde : caract&#232;re mutant et hybride des nouvelles menaces, incapacit&#233; de la communaut&#233; internationale &#224; ramener l'ordre sur terre, etc avant de d&#233;gainer la &#171; trouvaille &#187; des auteurs : le &#171; d&#233;c&#232;lement pr&#233;coce &#187;. Il faut s'attaquer aux nouvelles menaces quand elles ne sont encore qu'un &#171; bourgeon &#187;, et cela gr&#226;ce au regard d'experts form&#233;s par les Bauer et Raufer. On a eu une d&#233;monstration de &#171; d&#233;c&#232;lement pr&#233;coce &#187; avec l'affaire de Tarnac. En avril 2009, au terme d'un sujet du Journal t&#233;l&#233;vis&#233; de France 2 qui m&#233;langeait all&#232;grement des images des bagarres au sommet de l'OTAN &#224; Strasbourg et d'autres de Coupat et de L'insurrection qui vient, Bauer expliqua que les &#171; pr&#233;misses &#233;taient les m&#234;mes &#187; entre les gens de Tarnac, Action directe et les Brigades rouges. Pr&#233;sident du groupe de contr&#244;le des fichiers de police et de gendarmerie, il r&#233;pond le 19/10 &#224; une interview de Lib&#233;ration &#224; propos de deux nouveaux fichiers (pouvant int&#233;grer des mineurs de 13 ans) cr&#233;&#233;s par Hortefeux en prenant pr&#233;texte de 18 vitrines bris&#233;es &#224; Poitiers : &#171; il s'agit de fichiers de renseignements sur des personnes qui n'ont pas encore commis d'actes r&#233;pr&#233;hensibles mais qui sont susceptibles de le faire &#187; !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une fois le d&#233;c&#232;lement pr&#233;coce op&#233;r&#233;, et les personnes susceptibles de commettre des actes r&#233;pr&#233;hensibles d&#251;ment fich&#233;es, qu'est-ce que nos experts conseillent de faire ? Voici les lignes conclusives de leur livre publi&#233; par le CNRS : &#171; Quels coups s&#233;v&#232;res porterait-on &#224; toutes ces entit&#233;s (&#8230;) dans tous leurs champs d'action en consid&#233;rant d&#233;sormais comme strat&#233;giques le cadre et les harmonies &#8211; le terreau criminel &#8211; dans lequel elles op&#232;rent, puis en entreprenant de les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;nettoyer&lt;/i&gt; (soulign&#233; par moi, SQ) ? Cette approche est infiniment plus efficace que la d&#233;marche consistant &#224; &#171; saucissonner &#187; l'ensemble en mille proc&#233;dures tatillonnes, path&#233;tiquement lentes et finalement inutiles, selon des codes d&#233;pass&#233;s&#8230; &#187;
Il n'est pas indiff&#233;rent de savoir que la Ministre de l'Int&#233;rieur, aujourd'hui ministre de la Justice, a cette &#171; pens&#233;e &#187;-l&#224; dans la t&#234;te quand elle s'adresse aux continuateurs d'une organisation o&#249; l'on dressait, en 1968, des plans pour regrouper les gens de gauche dans des stades.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>L'&#233;tat de l'Italie</title>
		<link>http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?article92</link>
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		<dc:date>2009-10-28T11:03:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Quadruppani</dc:creator>

<category domain="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique3">Interventions directes</category>


		<description>Article publi&#233; dans Sin&#233;-Hebdo du 21 octobre, sous un titre choisi par la r&#233;daction. Maintenant que la gauche parlementaire italienne est emp&#234;tr&#233;e dans le scandale Marazzo (le gouverneur de la r&#233;gion du Latium qui a cach&#233; ses aventures avec des travestis et des carabiniers ma&#238;tres chanteurs), elle a encore l'air plus ridicule &#224; vouloir baser sa diff&#233;rence sur des le&#231;ons de morale. &lt;br /&gt;Le 8 octobre, la Cour constitutionnelle annulait une loi sur mesure que Berlusconi avait fait voter pour (...)


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&lt;a href="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Interventions directes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Article publi&#233; dans Sin&#233;-Hebdo du 21 octobre, sous un titre choisi par la r&#233;daction. Maintenant que la gauche parlementaire italienne est emp&#234;tr&#233;e dans le scandale Marazzo (le gouverneur de la r&#233;gion du Latium qui a cach&#233; ses aventures avec des travestis et des carabiniers ma&#238;tres chanteurs), elle a encore l'air plus ridicule &#224; vouloir baser sa diff&#233;rence sur des le&#231;ons de morale.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le 8 octobre, la Cour constitutionnelle annulait une loi sur mesure que Berlusconi avait fait voter pour bloquer divers proc&#232;s le mettant en cause. La d&#233;cision &#233;tait salu&#233;e avec jubilation par toute la gauche officielle italienne et les journaux o&#249; elle s'exprime. Le m&#234;me jour, on annon&#231;ait que De Gennaro, ex-chef de la police et aujourd'hui &#224; la t&#234;te des services secrets, &#233;tait relax&#233; dans l'affaire de l'&#233;cole Diaz, qui avait servi de lieu de repos pour des participants aux manifestations contre le G8 &#224; G&#234;nes, en 2001.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la nuit du 21 au 22 juillet, des policiers firent irruption et teignirent litt&#233;ralement les murs du sang des gens qui y dormaient. Pour justifier la chose, certains flics apport&#232;rent ensuite des cocktails Molotov sur les lieux. Des &#233;coutes t&#233;l&#233;phoniques et des t&#233;moignages montraient que De Gennaro avait couvert, sinon encourag&#233;, ces comportements. Le jour de sa relaxe, la grande presse class&#233;e &#224; gauche n'a pas relev&#233; le contraste entre les lourdes condamnations qui ont frapp&#233; les manifestants accus&#233;s de violence et le fait qu'aucun responsable ou membre des forces de l'ordre n'a eu &#224; r&#233;pondre s&#233;rieusement des exactions innombrables et sanglantes commises par les flics dans les rues et les lieux de d&#233;tention durant les journ&#233;es de G&#234;nes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La gauche institutionnelle italienne, et la presse o&#249; elle s'exprime, souffrent de juge&#244;latrie. Pour en finir avec Berlusconi, cette gauche-l&#224;, incapable de proposer un programme socio-&#233;conomique diff&#233;rent (rappelons que l'idole de Veltroni, c'&#233;tait Blair), rong&#233;e par une guerre des chefs digne du PS fran&#231;ais, ne compte plus que sur les juges pour en finir avec le Cavaliere. La d&#233;mocratie devrait &#234;tre sauv&#233;e par une magistrature qui s'est distingu&#233;e en inventant en 1969 le concept de &#171; malaise actif &#187; pour expliquer la chute de l'anarchiste Pinelli de la fen&#234;tre de la pr&#233;fecture de police Milan, et qui a utilis&#233; les repentis et les lois d'exception pour assommer l'extr&#234;me-gauche de milliers d'ann&#233;es de prison sans jamais r&#233;ussir &#224; identifier les vrais responsables des attentats-massacres d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La classe intellectuelle italienne, o&#249; la sensibilit&#233; de gauche &#233;tait h&#233;g&#233;monique, n'a rien fait contre la mont&#233;e de la t&#233;l&#233;cratie la plus crasse &#8211; quand elle n'y a pas particip&#233;. Son indignation aujourd'hui, face &#224; la vulgarit&#233; berlusconienne, est comique. Depuis vingt ans qu'elle a renonc&#233; aux &#171; grands r&#233;cits &#187;, elle a laiss&#233; l'imaginaire Mediaset occuper les t&#234;tes (&#171; &#233;rotisme &#187; de bordel &#224; toute heure, apologie des gagneurs), parce qu'elle n'avait plus rien &#224; proposer, depuis la chute du Mur, sinon un l&#233;galisme proclam&#233; en boucle. Que l'ill&#233;galisme italien, fruit d'une histoire si particuli&#232;re(1), soit souvent l'expression d'une mentalit&#233; clanique &#233;trang&#232;re &#224; la d&#233;mocratie ne devrait pas conduire &#224; f&#233;tichiser la loi. Les lois, comme l'ont proclam&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re les jeunes pr&#233;caires de l'Onde, peuvent aussi &#234;tre chang&#233;es en descendant dans la rue. C'est pour avoir oubli&#233; cette banalit&#233; de base de feu le mouvement ouvrier, que la gauche institutionnelle, en Italie comme en France, est condamn&#233;e &#224; une critique morale sans prise sur les mis&#232;res r&#233;elles de l'&#233;poque. Des deux c&#244;t&#233;s des Alpes, l'opposition v&#233;ritable est encore &#224; na&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;(1) A un lecteur de Sin&#233;-Hebdo qui me demandait d'expliquer ce que j'entendais par l&#224;, j'ai r&#233;pondu : &quot;&quot;L'histoire particuli&#232;re&quot; : l'Etat italien est de cr&#233;ation tr&#232;s r&#233;cente, il n'a pas encore &#233;t&#233; vraiment int&#233;gr&#233; par beaucoup d'Italiens comme une n&#233;cessit&#233;. La vie est organis&#233;e plut&#244;t en fonction de &quot;qui on conna&#238;t&quot;. Quand vous devez aller &#224; l'h&#244;pital ou passer par n'importe quelle administration, le premier r&#233;flexe de beaucoup d'Italiens est de chercher si on conna&#238;t quelqu'un qui peut donner un coup de pouce pour avoir une bonne chambre ou passer en premier, ou gagner un concours de l'administration. De mani&#232;re plus d&#233;velopp&#233;, &#231;a donne la mafia. Ne pas f&#233;tichiser la loi, &#231;a veut dire que, comme le montrent les mouvements sociaux en Italie et ailleurs, la loi peut &#234;tre chang&#233;e en descendant dans la rue.&quot;&lt;/div&gt;
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		<title>Le blog de l'auteur</title>
		<link>http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?article86</link>
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		<dc:date>2009-09-17T14:13:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Quadruppani</dc:creator>

<category domain="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique11">A usage professionnel&#8230; Bibliographie et informations sur l'auteur-traducteur Serge Quadruppani</category>


		<description>Allez y jeter un coup d'oeil : &#199;a s'appelle &quot;Les contr&#233;es magnifiques&quot; et &#231;a se trouve sur : [quadruppani.blogspot.com/]

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&lt;a href="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;A usage professionnel&#8230; Bibliographie et informations sur l'auteur-traducteur Serge Quadruppani&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Allez y jeter un coup d'oeil : &#199;a s'appelle &quot;Les contr&#233;es magnifiques&quot; et &#231;a se trouve sur&lt;/strong&gt; :
[quadruppani.blogspot.com/]&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&quot;Je ne vous envoie pas ma photographie, j'&#233;vite avec soin tous les frais inutiles je suis d'ailleurs toujours mal habill&#233; (...)Le monde est tr&#232;s grand, et plein de contr&#233;es magnifiques que l'existence de mille hommes ne suffirait pas &#224; visiter. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, je ne voudrais pas vagabonder dans la mis&#232;re (...) Mais pour vivre toujours au m&#234;me lieu, je trouverai toujours cela tr&#232;s malheureux. Enfin, le plus probable, c'est qu'on va plut&#244;t o&#249; on ne veut pas, et que l'on fait plut&#244;t ce que l'on ne voudrait pas faire, et qu'on vit et d&#233;c&#232;de tout autrement qu'on ne le voudrait jamais, sans espoir d'aucune esp&#232;ce de compensation.&quot;
(Arthur Rimbaud, Lettre &#224; sa famille du 15 janvier 1885)&lt;/div&gt;
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		<title>Une interview du soussign&#233;</title>
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		<dc:creator>Serge Quadruppani</dc:creator>

<category domain="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique11">A usage professionnel&#8230; Bibliographie et informations sur l'auteur-traducteur Serge Quadruppani</category>


		<description>Donn&#233;e par bibi au site Liberi di Scrivere, http://liberidiscrivere.splinder.com/, traduite par mes soins &lt;br /&gt;1. Traducteur, journaliste, auteur de polars, en r&#233;alit&#233;, qu'est-ce que tu pr&#233;f&#232;res faire ? &lt;br /&gt;R. : Tout me pla&#238;t, mais j'aimerais avoir plus de temps pour &#233;crire des romans noirs ou pas, des essais et des enqu&#234;tes. &lt;br /&gt;2. Tu &#233;cris sur Lib&#233;ration et pour Le Monde Diplomatique, apr&#232;s des ann&#233;es d'engagement est-ce que tu crois que le travail de journaliste a une utilit&#233; sociale et aide les gens (...)


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&lt;a href="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;A usage professionnel&#8230; Bibliographie et informations sur l'auteur-traducteur Serge Quadruppani&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donn&#233;e par bibi au site Liberi di Scrivere, http://liberidiscrivere.splinder.com/, traduite par mes soins&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1. Traducteur, journaliste, auteur de polars, en r&#233;alit&#233;, qu'est-ce que tu pr&#233;f&#232;res faire ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Tout me pla&#238;t, mais j'aimerais avoir plus de temps pour &#233;crire des romans noirs ou pas, des essais et des enqu&#234;tes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2. Tu &#233;cris sur &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, apr&#232;s des ann&#233;es d'engagement est-ce que tu crois que le travail de journaliste a une utilit&#233; sociale et aide les gens &#224; comprendre la r&#233;alit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : J'ai &#233;crit une fois un truc pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, sur leur invite. J'&#233;cris et j'&#233;crirai plus facilement pour &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, si on me le demande ou qu'on accepte mes propositions. Quand j'&#233;cris, &#231;a m'aide moi-m&#234;me &#224; mieux comprendre et puis si mes articles aident aussi d'autes personnes, tant mieux.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3. En 68, tu &#233;tais tr&#232;s jeune, quel souvenir as-tu de cette p&#233;riode, tu penses que les id&#233;aux et l'amour pour la libert&#233; se sont maintenus ou que notre soci&#233;t&#233; s'est irr&#233;m&#233;diablement &quot;embourgeois&#233;e&quot; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : En 68 et dans les deux-trois ann&#233;es qui ont suivi, on a su qu'un autre monde &#233;tait possible, on l'a exp&#233;riment&#233; et c'est un savoir exp&#233;rimental qu'on ne peut oublier. Beaucoup de fils de la bourgeoisie sont retourn&#233;s dans leur classe mais quelques autres ont continu&#233; &#224; penser contre elle. Je suis fils d'ouvriers et je suis content d'avoir rencontr&#233; des gens comme eux. La soci&#233;t&#233; est devenue plus dure, les pouvoirs sont devenus plus durs et plus s&#233;ducteurs en m&#234;me temps : une balle pour les Carlo Giuliani, et les paparazzi sur le Lido pour les Noemi (NdT : une des petites putes de Berlusconi). C'est notre monde, mais il fait quand m&#234;me bien vomir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4. Tu es tr&#232;s actif comme traducteur, quel auteur te pla&#238;t le plus &#224; traduire et dis-moi s'il existe un secret pour faire de bonnes traductions ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Tous ceux qui sont dans la Biblioth&#232;que italienne chez M&#233;taili&#233; me plaisent, ce sont comme mes enfants : je les aime tous pareil m&#234;me si je vois bien que certains ont plus de d&#233;fauts que d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;5. Tu as r&#233;dig&#233; un livre sur l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Antiterrorisme en France&lt;/i&gt;. Tu penses que parfois les m&#233;thodes utilis&#233;es pour combattre ce mal sont pire que le mal lui-m&#234;me ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Souvent terrorisme et antiterrorisme sont une seule et m&#234;me chose, contr&#244;l&#233;e par l'Etat ou les Etats, m&#234;me si, au moins au d&#233;but, les &quot;combattants arm&#233;s&quot; sont sinc&#232;res dans leur opposition &#224; l'Etat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;6. Tu t'occupes aussi d'&#233;dition, tu as de nouveaux auteurs qui ont attir&#233; ton attention ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Je viens juste de finir &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Anime Nere&lt;/i&gt;, de Gioachino Criaco (Ndt : voir ma chronique de Article11), qui m'a beaucoup frapp&#233; et je voudrais le traduire et l'&#233;diter (Ndt : apr&#232;s avoir fait acheter les droits, rassurez-vous, Ms International Rights)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;7. Tu as travaill&#233; comme journaliste aussi en Italie, quelle diff&#233;rence y a-t-il entre ton pays et le n&#244;tre ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Je ne suis pas journaliste, j'&#233;cris parfois dans des journaux, il y a tr&#232;s peu de diff&#233;rences entre la France et l'Italie dans le domaine de la qualit&#233; de la presse, et je ne tiens pas &#224; en dire plus, sur ce que je pense des journaux en g&#233;n&#233;ral, parce que je voudrais pouvoir continuer &#224; placer des articles de temps en temps, pour d&#233;noncer quelque m&#233;fait des puissants ou signaler un beau livre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;8. Le classique &quot;polar&quot; fran&#231;ais a fait &#233;cole, penses-tu qu'il y a une renaissance du genre ou la tendance pr&#233;dominante est-elle une exaltation de la violence pour elle-m&#234;me ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Il y a quelque chose de pire que l'exaltation de la violence pour elle-m&#234;me : c'est l'exaltation de la violence pour vendre du Coca Cola. Le &quot;polar classique&quot; fran&#231;ais m'ennuie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;9. Est-ce que tu as aim&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les rivi&#232;res pourpres&lt;/i&gt; de Jean-Christophe Grang&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Je n'ai pas aim&#233;, m&#234;me si je ne l'ai pas lu ! J'ai vu le film, que j'ai trouv&#233; profond&#233;ment ridicule, &#231;a m'a suffi. (Ndt : en fait, j'ai essay&#233; de lire je ne sais plus quoi de JCG et &#231;a m'est tomb&#233; des mains - sempiternel myst&#232;re de la nullit&#233; best seller)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;10. J'ai connu tes livres parce que publi&#233;s par les Gialli Mondadori, distribu&#233;s dans les kiosques. Est-ce qu'il y a un projet de r&#233;&#233;dition compl&#232;te de tes oeuvres en langue italienne ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Marsilio a d&#233;j&#224; publi&#233; quelques titres et devrait continuer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;11. Qu'est-ce que tu penses de la Trilogie de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Mill&#233;nium&lt;/i&gt; de Stieg Larsson, c'est une trouvaille de marketing ou est-ce qu'il y a du vrai talent ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Il y a certainement du vrai talent. Mais je ne sais pas pourquoi &#231;a a eu tant de succ&#232;s, il y a des dizaines de livres bien plus beaux. Peut-&#234;tre est-ce parce que les bouquins sont construits comme une s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e et de fait, quand je les lisais, il me semblait lire la t&#233;l&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;12. J'ai lu &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'assassina di Belleville&lt;/i&gt; (en fran&#231;ais &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La forcen&#233;e&lt;/i&gt;) de nombreuses fois et chaque fois j'ai trouv&#233; des nuances inattendues, pour toi le genre polar cr&#233;e seulement des oeuvres de divertissement ou tu veux transmettre des messages plus profonds ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Je ne veux pas transmettre de messages, je veux raconter des histoires et des histoires vraiments belles, pour ne pas m'ennuyer moi-m&#234;me (n'oublie pas que je suis mon premier lecteur), elles doivent avoir de l'&#233;paisseur. Et puis je les &#233;cris avec ce que je suis et je n'y peux rien, en racontant le monde tel qu'il est, je m'&#233;nerve. Alors, j'essaie de m'&#233;nerver avec &#233;l&#233;gance et ironie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;13. Tu as aussi produit des oeuvres d'espionnage, tu penses revenir &#224; ce genre, dans l'avenir ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Je ne fais pas vraiment des cat&#233;gories, polar, noir, espionnage&#8230; Mon prochain, qui se passe entre l'Italie et la France, parle de complots mondiaux, pour changer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;14. Quel rapport as-tu avec la t&#233;l&#233;, on dit que son unique m&#233;rite est d'avoir enseign&#233; l'italien aux Italiens. Tu penses qu'elle est massificatrice ou qu'elle transmet encore de la culture ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Mais de quel italien parles-tu ? Je pr&#233;f&#232;re de loin l'italo-sicilien du Maestro Camilleri, le kal&#233;idoscope de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;l'Ottava Vibrazione&lt;/i&gt; de Lucarelli, le wumingois, le carlottois, que cette langue aussi ennuyeuse que le fran&#231;ais de la t&#233;l&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;15. L'humour noir, l'ironie, le paradoxe sont tes armes efficaces pour garder &#233;veill&#233;e l'attention du lecteur, tu l'utilises seulement dans tes livres ou aussi dans la vie de tous les jours ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : J'esp&#232;re l'utiliser aussi dans la vie de tous les jours et m&#234;me dans les interviewes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;16. La critique litt&#233;raire fran&#231;aise est encore plut&#244;t snob ou commence &#224; appr&#233;cier le Noir ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Depuis toujours, il y a eu toute une partie de la critique qui a appr&#233;ci&#233; le Noir, c'&#233;tait le cas aussi de grands &#233;crivains, comme Gide, Sartre et tant d'autes. Apr&#232;s, il y a toujours, en France comme en Italie, des dinosaures pour qui le Noir c'est pas de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;17. As-tu lu le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Da Vinc&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;i&lt;/i&gt; Code&lt;/i&gt; de Dan Brown ? Tu penses que ce genre de livres a un avenir ou tu les trouves fumeux et ennuyeux ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Ouf ! Mais elle ne finit jamais, cette interview ? On s'en fout de Dan Brown !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;18. Il y a une anecdote bizarre dans ta carri&#232;re d'&#233;crivain et de journaliste qui te revient &#224; l'esprit et dont tu voudrais nous parler ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Un jour, dans un train pour Prague, un type a mal parl&#233; de mon dernier roman &#224; une tr&#232;s jolie fille et j'ai pens&#233;, quand il est all&#233; aux toilettes, le jeter discr&#232;tement sur les rails pour ensuite draguer la fille mais je n'en ai rien fait. Malheureusement. Parce qu'ensuite, il est devenu beaucoup plus c&#233;l&#232;bre que moi et il a gagn&#233; beaucoup d'argent. J'y repense souvent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;19. Qu'est-ce que tu penses du Noir nippon, d'auteurs comme Kitakata avec ses histoires de yakusas pleines de po&#233;sie, tu aimes ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Je ne connais absolument pas le Noir nippon.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;20. Tu as un r&#234;ve dans un tiroir, un projet dont par d&#233;sir de contrer le mauvais sort tu n'as jamais parl&#233; &#224; personne ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Et si je n'en ai jamais parl&#233; jusqu'ici, pourquoi je devrais t'en parler &#224; toi ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;21. Tu donnes des cours de journalisme &#224; l'universit&#233; ? On te l'a propos&#233;, tu aimerais qu'on le fasse ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Non, non, non.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;22. Maintenant, c'est vraiment la derni&#232;re question. Tu es en train de travailler &#224; un nouveau roman, tu peux nous en dire quelque chose &#224; l'avance ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R. : Il s'appelle &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Saturne&lt;/i&gt;. Saturne d&#233;vore ses enfants et en m&#234;me temps l'&#233;poque de Saturne fut celle o&#249; tout &#233;tait &#224; tous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	<item>
		<title>Chroniques tarnacoises (novembre 2008-mai 2009)</title>
		<link>http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?article90</link>
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		<dc:date>2009-06-22T06:22:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Quadruppani</dc:creator>

<category domain="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique12">Tarnacoi ?</category>


		<description>Je r&#233;capitule ici l'ensemble de mes interventions publiques contre l'op&#233;ration spectaculaire d&#233;marr&#233;e en fanfare le 11 novembre 2008 et qui n'en finit pas de sombrer dans le ridicule, tandis qu'une bonne partie des interpell&#233;s restent inculp&#233;s. &lt;br /&gt;17 novembre 2008, Rue89 &lt;br /&gt;Br&#232;ves r&#233;flexions sur la fabrication d'un &#233;pouvantail m&#233;diatique &lt;br /&gt;(on trouvera ce texte sur ce m&#234;me site, dans cette m&#234;me rubrique) &lt;br /&gt;Nous avons besoin de l'esprit de Tarnac (premier &#233;tat d'un texte publi&#233; en abr&#233;g&#233; (...)


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&lt;a href="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;Tarnacoi ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Je r&#233;capitule ici l'ensemble de mes interventions publiques contre l'op&#233;ration spectaculaire d&#233;marr&#233;e en fanfare le 11 novembre 2008 et qui n'en finit pas de sombrer dans le ridicule, tandis qu'une bonne partie des interpell&#233;s restent inculp&#233;s.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;17 novembre 2008, Rue89&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Br&#232;ves r&#233;flexions sur la fabrication d'un &#233;pouvantail m&#233;diatique&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;(on trouvera ce texte sur ce m&#234;me site, dans cette m&#234;me rubrique)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons besoin de l'esprit de Tarnac
(premier &#233;tat d'un texte publi&#233; en abr&#233;g&#233; sur Sin&#233;-Hebdo sous le titre : &quot;Des Tarnac Partout !&quot;, dans cette m&#234;me rubrique)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sera-ce une circonstance aggravante ? Accus&#233;s, sans preuves ni aveux, de sabotage sur les lignes TGV, Julien Coupat et ses amis n'ont pas choisi d'habiter n'importe o&#249;. En effet, Tarnac, le village o&#249; ils faisaient pousser des carottes et tenaient une &#233;picerie, se trouve &#224; quelques kilom&#232;tres de Gentioux, o&#249; se dresse l'un des rares monuments aux morts de la guerre de 14 explicitement pacifiste. A c&#244;t&#233; d'une colonne o&#249; une plaque proclame : &#171; maudite soit la guerre &#187;, la statue d'un petit paysans en sabot et paletot l&#232;ve le poing. Chaque ann&#233;e, une manifestation pacifiste rassemble l&#224; plusieurs centaines de personnes. Tarnac est aussi sur les pentes du plateau des Millevaches, o&#249; Georges Guinguoin a cr&#233;&#233; l'un des tous premiers et plus importants maquis communistes, alors m&#234;me que son parti en &#233;tait encore au pacte germano-sovi&#233;tique. Tarnac est encore &#224; deux pas de Villedieu, o&#249; pendant la guerre d'Alg&#233;rie, la population rameut&#233;e par son maire a bloqu&#233; les voies de chemin de fer pour emp&#234;cher le passage des convois de rappel&#233;s. Signalons pour finir que dans le cimeti&#232;re de Tarnac, il n'y a pas beaucoup de croix&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi donc, voici une terre o&#249; l'on a su r&#233;sister au bourrage de cr&#226;ne patriotard, au bourrage de cr&#226;ne p&#233;tainiste et stalinien, au bourrage de cr&#226;ne colonialiste&#8230; Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'on y r&#233;siste mieux qu'ailleurs au bourrage de cr&#226;ne antiterroriste : quelques jours &#224; peine apr&#232;s les arrestations, se manifestait un comit&#233; de d&#233;fense local des emprisonn&#233;s du 11 novembre qui rassemblait une bonne part de la population. La fabrication de l'&#233;pouvantail de &#171; l'ultra-gauche anarcho-autonome &#187; par la ministre de la police s'appuyait pourtant sur un formidable battage m&#233;diatique. On a m&#234;me vu une radio du service public, emport&#233;e par son &#233;lan, se livrer &#224; une falsification pure et simple de l'interview d'un pr&#233;sum&#233; &#171; anarcho-autonome &#187;, en lui faisant dire, avec une opportune coupure, qu'il &#233;tait favorable &#224; la lutte arm&#233;e, alors qu'il avait dit exactement le contraire (voir la manipulation d&#233;mont&#233;e sur http://www.acrimed.org/article3012.html). Pourtant, contre ce battage, la r&#233;sistance s'est vite manifest&#233;e : de Rouen &#224; Toulouse, de Bruxelles &#224; Lyon, de P&#233;rigueux &#224; Lausanne, des comit&#233;s de d&#233;fense n'ont cess&#233; de surgir et de se manifester. A Rennes, une affiche appelait &#224; une manif pour le samedi 29 novembre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des textes sont parus : celui de Giorgio Agamben dans Lib&#233;ration, mais aussi en des lieux nettement plus inattendus comme le site &#171; Causeur &#187; (les articles de J&#233;r&#244;me Leroy et de Bruneau Maill&#233;), l'op&#233;ration d'intoxication entre polices a &#233;t&#233; analys&#233; sur Bakchich, des p&#233;titions ont &#233;t&#233; lanc&#233;es (notamment celles du comit&#233; de d&#233;fense , et celle d'Eric Hazan). Pour qui a un peu l'habitude de voir fleurir les op&#233;rations &#171; antiterroristes &#187;, et les manipulations d'opinion qui les accompagnent depuis la fameuse strat&#233;gie de la tension dans l'Italie des ann&#233;es 70, ce fut une heureuse surprise de voir &#224; quelle vitesse &#233;tonnante s'est manifest&#233; ce qu'on pourrait appeler &#171; l'esprit de Tarnac &#187;. C'est que, au-del&#224; du ridicule d'une accusation qui transformait la signature collective d'un livre (&#171; comit&#233; invisible &#187;) en association de malfaiteurs, et qui voyait du terrorisme dans ce qui &#233;tait au plus des &#171; actes de vandalisme &#187; (comme disent eux-m&#234;mes les gendarmes corr&#233;ziens, voir le JDD du 23/11), chacun a compris &#171; qu'il s'agit visiblement pour l'appareil d'Etat de tenter de criminaliser et d'effrayer toutes personnes ou mouvements exprimant son d&#233;saccord avec l'ordre du monde hors des sentiers autoris&#233;s (&#233;lections, partis politiques, syndicalisme d'accompagnement, d&#233;marches participatives&#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si on avait besoin d'une d&#233;monstration suppl&#233;mentaire de la justesse de cette analyse, c'est de Belgique qu'elle vient d'arriver. Apr&#232;s que des policiers ont fouill&#233; une voiture signal&#233;e par un fichier, et apr&#232;s qu'il y ont trouv&#233; des tracts du comit&#233; de soutien belge (lanc&#233; entre autres par l'ami No&#235;l Godin), le conducteur du v&#233;hicule a &#233;t&#233; interpell&#233; et interrog&#233; sur le comit&#233;, l'appartement d'un libraire perquisitionn&#233;, son ordinateur contenant la liste des membres du comit&#233; et une liste d'adresse &#233;lectronique sont saisis. A la criminalisation h&#226;tive d'id&#233;es (tout ce qui peut &#234;tre retenu &#224; charge aujourd'hui contre les neuf interpell&#233;s) s'ajoute maintenant la criminalisation de la solidarit&#233;.
L'enjeu est donc clair : au-del&#224; du sort des neuf inculp&#233;s, c'est de la libert&#233; de penser et de lutter qu'il s'agit. Exiger la remise en libert&#233; des interpell&#233;s et l'abandon de la qualification de terrorisme est le minimum pour quiconque tient &#224; ces libert&#233;s-l&#224;. Des Tarnac partout !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Alias (Il Manifesto)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'antiterrorismo alla francese&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;All'alba dell'11 novembre 2008, durante un'operazione di grande spettacolo trasmessa in diretta dalle televisioni appositamente avvertite, vengono arrestare venti persone tra Parigi, Rouen, l'Est e il Centro della Francia ; l'operazione &#232; battezzata &#171; Taiga &#187; e mobilita 150 poliziotti. Unit&#224; speciali con passamontagna, un paesino occupato da blindati, sospetti trasportati coperti da indumenti e circondati da incappucciati, le immagini che quel giorno si offrono ai francesi proclamano la pericolosit&#224; delle persone arrestate, cos&#236; come il regime sotto il quale nove di queste sono detenute : grazie alla legislazione anti-terrorismo quattro giorni di fermo di polizia. I media riportano che sono membri del'&#171; ultra-sinistra anarco-autonoma &#187; e messi in relazione a cinque sabotaggi di alcune linee di collegamento delle ferrovie francesi nei dipartimenti dell'Oise, Yonne, Seine-et-Marne e Moselle. Lungo i cavi di alimentazione dei treni ad alta velocit&#224; erano stati messi dei ferri per il cemento armato, che al passaggio del primo convoglio avevano provocato il loro blocco e dunque ritardi su molti treni. La ministra dell'Interno Mich&#232;le Alliot-Marie si spertica in dichiarazioni di trionfo. Sarkozy si complimenta con la polizia. Si parla di documenti, di sequestro di materiale e di tracce di Dna.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Gli arrestati erano sorvegliati da mesi da membri dell'Unit&#224; di coordinamento di lotta al terrorismo (Uclat) con attrezzature tecnologiche di punta. Allo scadere delle 96 ore di interrogatorio, nove persone tra i 23 e i 34 anni, tra cui tre donne e quello che viene presentato come il leader del gruppo, Julien Coupat, diplomato alla Scuola superiore di scienze economiche e commerciali (Essec) ed ex studente di Sociologia, vengono denunciate per associazione sovversiva con finalit&#224; di terrorismo. Delle nove, quattro vengono rilasciate e cinque, tra cui Coupat, incarcerate.
Quest'ultimo, insieme ad altri accusati, viveva in una specie di comunit&#224; nel cuore della Francia rurale. Uno degli arrestati gestiva il negozio di alimentari del paesino ed era presidente del comitato dei festeggiamenti. Il procuratore della repubblica parla di un'organizzazione chiamata &#171; cellula invisibile &#187;. Le fonti della polizia in contatto coi giornalisti spiegano che Coupat e la sua compagna erano sorvegliati da quando, qualche mese prima, erano stati segnalati dall'FBI, perch&#233; durante un controllo negli Stati Uniti erano risultati in possesso di documentazione anarchica.
La leggerezza del fascicolo d'accusa per come viene mediatizzato non tarda a stupire gli spiriti critici. &#171; Cellula invisibile &#187; &#232; una denominazione inventata a partire dal nome collettivo (&#171; Comitato invisibile &#187;) che firma un libro, L'insurrezione che viene, distribuito da oltre un anno da una prestigiosa casa editrice di Parigi con tanto di terre al sole (La Fabrique). Le colpevoli tracce di Dna scompaiono dalle dichiarazioni del ministero della Giustizia e degli Interni (per forza, non ce n'&#232; una) ed emerge che l'unico elemento a carico &#232; la partecipazione di diversi arrestati a manifestazioni e la presenza di due di loro (Coupat e la sua compagna) nei dintorni di una linea di collegamento la notte in cui sarebbe stata sabotata. Numerose testimonianze di ferrovieri e responsabili delle ferrovie francesi sottolineano che la tecnica utilizzata non avrebbe potuto in alcun modo provocare un deragliamento n&#233; incidenti a persone.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Poco dopo, il 17 novembre, sul sito d'informazione Rue89 pubblicavo un breve testo, dal titolo Qualche riflessione sulla costruzione di uno spauracchio mediatico, in cui sollevavo tre questioni : uno, il fascicolo d'accusa contro gli arrestati non sta in piedi ; due, ricondurre a terrorismo azioni di sabotaggio pensate per evitare qualunque incidente alle persone &#232; una buffonata. E, aggiungevo : sotto forma di farsa, si ha l'impressione di rivedere le costruzioni abracadabra dei giudici italiani degli anni Settanta contro l'estrema sinistra, infilata in blocco dentro lo spauracchio del terrorismo. Infine affermavo : la favola del &#171; gruppo anarco-autonomo &#187; da parte della ministra di polizia e dei medi, che hanno rirpeso le sue parole senza alcuna distanza critica, &#232; stata possibile solo grazie all'estrema ignoranza dei giornalisti nei confronti di qualunque espressione della critica radicale del capitalismo. Nessuno &#232; obbligato a conoscere la storia dell'anarchia o quella dell'autonomia operaia. Eppure ci permettevamo di osservare che, per gente il cui lavoro &#232; parlare di fenomeni sociali, uno sforzo documentativo sarebbe benvenuto : se oggi queste correnti non sono al centro della scena mediatica, furono comunque come pesci nell'acqua in qualcuno dei grandi eventi del secolo scorso, dal maggio '68 all'autunno caldo italiano. Eventi che hanno profondamente segnato la fine del secolo e, vai a sapere in questi tempi di crisi, potrebbero anche rivivere una nuova giovinezza, assumere nuove sembianze negli anni che vengono.
Dieci giorni dopo, &#171; Le Monde &#187; pubblicava un appello, intitolato No all'ordine nuovo, firmato da grossi nomi dell'universit&#224; e della cultura, da Agamben (di cui Coupat &#232; stato allievo) a Boltanski, da Judith Butler a Yves Pag&#232;s, passando per Badiou e Ranci&#232;re. Un testo che, dopo aver analizzato la questione, concludeva : &#171; Di fatti, questa vicenda &#232; per noi un test. Fino a che punto possiamo accettare che la lotta al terrorismo consenta di accusare in qualunque momento qualunque persona ? Dove sta il limite della libert&#224; di espressione ? Le leggi d'eccezione adottate col pretesto del terrorismo e della sicurezza a lungo termine sono compatibili con la democrazia ? Siamo pronti a vedere polizia e giustizia negoziare la svolta verso un ordine nuovo ? Tocca a noi dare una risposta a queste domande, chiedendo innanzitutto l'interruzione dei procedimenti a carico e l'immediata liberazione di quelle e quelli che sono stati accusati per fare da esempio &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Perch&#233; nel frattempo era nato e cresciuto un movimento di sostegno di una forza e di un'estensione che ha sorpreso tanto gli Interni quanto quelli con abitudini di solidariet&#224;. Un movimento che era partito da quello stesso paesino invaso dai superpoliziotti. Bisogna dire che Coupat e i suoi amici non avevano scelto quella regione, in cui coltivavano carote e facevano amicizia con i locali, per caso. Tarnac sta a qualche chilometro da Gentioux, dove &#232; stato eretto uno dei pochi monumenti ai caduti della guerra del &#8216;15-18 esplicitamente contro la guerra. A fianco di una targhetta che recita &#171; Maledetta sia la guerra &#187;, la statua di un piccolo contadino in zoccoli alza il pugno. Ogni anno, una manifestazione pacifista vi raduna diverse centinaia di persone. Tarnac &#232; anche sulle pendici dell'altipiano di Millevaches, dove Georges Guinguoin ha creato uno dei primissimi e pi&#249; importanti nuclei partigiani comunisti, quando il suo partito era ancora in pieno patto germano-sovietico. Tarnac &#232; poi a due passi da Villedieu, dove durante la Guerra d'Algeria la popolazione aizzata dal sindaco bloccava le ferrovie per impedire il passaggio dei convogli di richiamati. Cos&#236;, non stupisce che il primo di una serie di comitati di difesa, spuntati un po' ovunque da Rouen a New York, da Losanna a Bruxelles, sia nato proprio l&#236; coinvolgendo buona parte della popolazione.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Da l&#236; sono partite la maggior parte delle analisi poi sviluppate da tante penne prestigiose, per smontare l'operazione di terrorismo dell'opinione guidata da Mich&#232;le Alliot-Marie, dietro istigazione di uno &#171; stratega &#187; dell'anti-terrorismo. Alain Bauer, il personaggio che ha inventato il fantomatico &#171; gruppo anarco-autonomo &#187;, ha una biografia interessante. Dapprima dirigente del sindacato studentesco di sinistra (Unef), &#232; stato invischiato in una vicenda di corruzione di una mutua studentesca, ha ispirato la svolta securitaria del Partito socialista con Jospin e dirige oggi una societ&#224; di sicurezza dopo essere stato a capo di una loggia massonica. &#200; stato lui a far leggere alla ministra Mich&#232;le Alliot-Marie L'insurrezione che viene. Diventato un seguace convinto di Sarkozy, espressamente per lui &#232; stata creata una cattedra di criminologia, per cui non ha alcun titolo, in una Grande &#201;cole di Parigi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ma il ribaltamento mediatico &#232; diventato flagrante : ormai non sono in molti a prendere sul serio questa vicenda, diventata uno degli argomenti comici preferiti da radio e televisioni. Dopo moltissimi dibattiti, manifestazioni e interventi mediatici su tutto il territorio, dopo una manifestazione nazionale che il 31 gennaio ha radunato a Parigi tremila persone e altrettanti poliziotti, tutti gli accusati sono stati rilasciati. Tutti, tranne uno, Julien Coupat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sin&#233; Hebdo, 8 avril 2009&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tarnac, zone interdite&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les plus inattentifs l'auront remarqu&#233; : l'Etat fait preuve d'un bel acharnement contre les inculp&#233;s du 11 novembre 2008, dans l'affaire dite de Tarnac. Le 26 mars, un article du Monde faisait pourtant le point sur le contenu du dossier, pr&#232;s de mille pi&#232;ces et p.v. : depuis plus d'un an s'&#233;tait d&#233;ploy&#233; un dispositif digne de la Stasi (cam&#233;ras dans les appartements et autour de la ferme tarnacoise, intrusions clandestine) et au bout du compte : aucune preuve mat&#233;rielle. La seule mise sur &#233;coute de l'&#233;picerie g&#233;r&#233;e par l'un des membres du groupe a co&#251;t&#233; 2883,15 euros par mois. La r&#233;plique m&#233;diatique ne se fait pas attendre : d&#232;s le lendemain, le site du Nouvel Observateur annonce que &#171; l'&#233;tau se resserre sur les inculp&#233;s de Tarnac &#187;, au motif qu'on aurait trouv&#233;, tiens donc justement maintenant, un &#171; manuel de fabrication d'explosifs sur l'ordinateur d'Yldune L&#233;vy &#187;. Or tout le monde sait que de tels &#171; manuels &#187;, plus ou moins s&#233;rieux, sont t&#233;l&#233;chargeables sur internet.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En r&#233;alit&#233;, le seul &#233;l&#233;ment &#224; charge contre Julien Coupat et sa compagne est leur pr&#233;sence non loin des lieux d'un sabotage de cat&#233;naire, dans la nuit o&#249; il s'est d&#233;roul&#233;. Outre qu'en suivant de mani&#232;re visible un couple de militants d&#233;termin&#233;s &#224; &#233;chapper &#224; toute surveillance &#233;tatique, il n'est pas bien difficile de les amener &#224; &#234;tre pr&#233;sents o&#249; on veut, les bizarreries abondent autour de cette cat&#233;naire sabot&#233;e en rase campagne par des gens qui ne pouvaient qu'&#234;tre dot&#233;s d'une grande expertise (et la seule connue l&#224;-dessus est celle des antinucl&#233;aires allemands, qui pratiquent la chose depuis dix ans et ont revendiqu&#233; ce sabotage) : total d&#233;sint&#233;r&#234;t des policiers pour la revendication allemande (aux derni&#232;res nouvelles, ils ne l'avaient toujours pas demand&#233;e au journal qui l'avait re&#231;ue - les &#233;ventuelles traces qui auraient s'y trouver ne semblant pas les int&#233;resser), relev&#233;s effectu&#233;s seulement l&#224; o&#249; Julien et Yldune &#233;taient cens&#233;s avoir op&#233;r&#233; (alors que d'autres sabotages avaient eu lieu ailleurs), disparition des enregistrements des communications informatiques et t&#233;l&#233;phoniques de la SNCF pour la seule tranche horaire du sabotage.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si Julien Coupat reste en taule malgr&#233; la faiblesse du dossier, le sort de ses co-inculp&#233;s n'est pas non plus tr&#232;s enviable. Les habitants de Tarnac parmi eux sont interdits de pr&#233;sence l&#224;-bas, ce que ne saurait justifier aucune n&#233;cessit&#233; de l'enqu&#234;te, les logements, perquisitionn&#233;s plusieurs fois, n'&#233;tant m&#234;me pas sous scell&#233;s. Comme pour les enfantiliser, on assigne ces trentenaires &#224; r&#233;sidence chez leurs parents : Benjamin, l'&#233;picier, chez sa m&#232;re &#224; Avranche, &#224; des centaines de kilom&#232;tres de son &#233;picerie, Yldune chez ses g&#233;niteurs, interdite de contacts avec les parents de son compagnon, etc. L'&#233;picerie qu'appr&#233;ciaient tant les gens du cru, menace faillite, la biblioth&#232;que publique cr&#233;&#233;e par Julien et ses amis est en d&#233;sh&#233;rence et les moutons, entretenus pour l'heure par des voisins, attendent leurs pasteurs. On voudrait d&#233;socialiser ces gens, rompre les liens tiss&#233;s avec la population locale et les pousser &#224; ressembler &#224; l'&#233;pouvantail qu'on a fait d'eux, qu'on ne s'y prendrait pas autrement.
Il para&#238;t que le patron des ex-RG de Limoges a d&#233;clar&#233; que tant qu'il serait vivant, ils ne retourneraient pas &#224; Tarnac. Comme on est s&#251;r que la r&#233;sistance aux op&#233;rations m&#233;diatico-polici&#232;res du clan au pouvoir n'a pas fini de s'affirmer, mais comme on ne veut de mal &#224; personne, souhaitons donc au chef local des Grandes Oreilles de changer d'avis et de vivre longtemps. xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Rue 89, 8 avril 2009&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qui arr&#234;tera Alain Bauer ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Conseiller &#232;s &#171; ultra-gauche &#187; de Mich&#232;le Alliot-Marie, Alain Bauer peut se vanter d'avoir contribu&#233; &#224; faire arr&#234;ter Julien Coupat, et &#224; le faire maintenir en d&#233;tention malgr&#233; un dossier d'accusation plus que l&#233;ger. Mais, apr&#232;s avoir vu le journal d'Antenne 2 lundi soir (http://jt.france2.fr/20h/), il me semble qu'on doit se poser la question : qui arr&#234;tera Alain Bauer ? Certes, &#224; la diff&#233;rence de cet id&#233;ologue s&#233;curitaire, je ne souhaite pas qu'on prive quiconque de libert&#233; - ni de celle d'aller et venir, ni de celle de penser et de s'exprimer. Mais quand on voit le &#171; dossier &#187; propos&#233; par la cha&#238;ne du service public, qui m&#233;lange all&#232;grement des images de Strasbourg, l'affaire dite de Tarnac, les propos sommaires (mais lui a-t-on laiss&#233; le temps d'en tenir d'autres ?) d'un individu pr&#233;sent&#233; par la t&#233;l&#233; comme un autonome et&#8230; la ronde des obstin&#233;s (on voudrait insinuer que les enseignants-chercheurs sont infiltr&#233;s de dangereux individus violents qu'on ne s'y prendrait pas autrement), quand on voit cet &#233;trange rago&#251;t auquel Alain Bauer vient apporter une pinc&#233;e de th&#233;orie, on se demande : comment arr&#234;ter &#231;a ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Certes, le personnage est int&#233;ressant (http://www.republique-des-lettres.fr/10652-alain-bauer.php). Ancien de l'Unef-Id tendance rocardienne, influent franc-ma&#231;on il a &#233;t&#233; administrateur de la MNEF et grand ma&#238;tre du Grand Orient de France. Apr&#232;s un stage au d&#233;but des ann&#233;es 90 dans une soci&#233;t&#233; tr&#232;s li&#233;e &#224; la CIA, il enseigne ou a enseign&#233; aussi bien &#224; Paris I qu'au centre National de formation judiciaire de la Gendarmerie et &#224; l'Acad&#233;mie de police criminelle de Chine (un haut lieu d&#233;mocratique, comme chacun sait). Co-auteur de nombreux ouvrages avec Xavier Raufer (Christian de Bongain, ancien d'Ordre nouveau), ami de dirigeants socialistes (Dray, Valls, Huchon, Cambad&#233;lis), qu'il a aid&#233;s de sa &#171; science &#187; dans le virage s&#233;curitaire du Parti socialiste, il est maintenant dirigeant d'une soci&#233;t&#233;, AB S&#233;curit&#233;, de dimensions mondiales. Un parfait repr&#233;sentant de ce que Mike Davis appelle l' &#171; industrie de la peur &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur la fantasmatique &#171; ultra-gauche anarcho-autonome &#187;, l' &#171; expert &#187; m&#233;diatiquement consacr&#233; transpose simplement la le&#231;on apprise outre-atlantique : de m&#234;me que, dans le cat&#233;chisme n&#233;o-conservateur, ceux qui cassent des vitres ouvrent la voie &#224;, et sont potentiellement, des dealers-tueurs, celui qui commence par contester la loi en ne s'en prenant qu'aux biens doit &#234;tre trait&#233; comme le terroriste qu'il risquerait de devenir. Faisant fi d'abyssales diff&#233;rences dans les positions politiques comme dans les contextes historiques, Bauer affirme en effet, dans l'&#233;mission cit&#233;e, apr&#232;s des images montrant le livre L'insurrection qui vient et Julien Coupat, que les &#171; pr&#233;misses sont les m&#234;mes &#187; que celles d'Action Directe et des Brigades Rouges. Dans un simple m&#233;moire de ma&#238;trise, un tel postulat t&#233;l&#233;ologique m&#233;riterait &#224; tous coups un refus de validation, mais on sait que l'enracinement de Bauer dans le sarkozisme est si solide qu'on a cr&#233;&#233; sp&#233;cialement pour lui une chaire &#224; la CNAM, malgr&#233; ses titres universitaires vivement constest&#233;s(http://www.rue89.com/2009/01/25/le-gouvernement-taille-une-chaire-sur-mesure-a-alain-bauer).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En r&#233;alit&#233;, l'individu importe peu. Des gens &#224; carri&#232;re, qui savent se placer dans l'air du temps, on n'a eu que trop l'occasion de les voir &#224; l'&#339;uvre, de Kouchner &#224; Tapie et de Val &#224; Dati. Ce qui importe, c'est de quoi Bauer est le nom : une transposition sur le plan int&#233;rieur de ce concept de &#171; guerre pr&#233;ventive &#187; qui a si bien r&#233;ussi &#224; Bush, c'est-&#224;-dire une politique tendant &#224; criminaliser toute dissidence sociale, une politique au nom de laquelle &#171; les mauvaises lectures &#187;, des &#171; m&#339;urs dissolues &#187; et la participation &#224; des manifestations occupent des dizaines et des dizaines de pages dans le dossier des Tarnacois. Une politique au nom de laquelle les policiers se sentent toujours plus tout permis (voir les si nombreux t&#233;moignages rapport&#233;s sur ce site et ailleurs). Une politique mena&#231;ant gravement ce qu'AB S&#233;curit&#233;, par un renversement orwellien, pr&#233;tend respecter : les libert&#233;s publiques. C'est cette politique-l&#224; qu'il s'agit d'arr&#234;ter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sin&#233; Hebdo mai 2009&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Affaire Tarnac : les cond&#233;s se la jouent voyou&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le 28 avril, Tessa Polak, membre d'un comit&#233; de soutien aux interpell&#233;s de Tarnac et autres lieux, est interpell&#233;e au volant de sa voiture dans le 20e arrondissement de Paris par des flics dont l'un braque son pistolet sur sa tempe tandis que deux autres la mettent en joue. Ils &#233;jectent violemment le passager, ouvrent le coffre et s'&#233;crient &#171; bingo ! &#187; en d&#233;couvrant son contenu. Des fusils &#224; pompe ? Non, L'insurrection qui vient, (Ed. La Fabrique), en plusieurs exemplaires. Au terme de 72 heures de garde-&#224;-vue sous le r&#233;gime antiterroriste, alors qu'elle est rel&#226;ch&#233;e sans aucune inculpation, elle a eu le loisir d'entendre le juge d'instruction lui dire : &#171; vous payez pour les autres &#187;, et de constater que les superflics tenaient beaucoup &#224; ce que Julien Coupat soit l'auteur du bouquin, tout comme ceux qui ont interrog&#233; l'&#233;diteur Eric Hazan pendant quatre heures. A deux reprises, la bande de la SDNAT a aussi perquisitionn&#233; la pi&#232;ce o&#249; les membres de la communaut&#233; mettaient leurs livres &#224; la disposition des habitants du village, emportant &#224; chaque fois une caisse de bouquins tr&#232;s normalement &#233;dit&#233;s. Que des livres puissent constituer des pi&#232;ces &#224; charge est un concept qui appartient non &#224; l'Etat de droit mais &#224; l'Inquisition.
Le lundi 18 mai, la bande antiterroro interpellait &#224; Rouen deux hommes et une femme qui se retrouvaient en garde-&#224;-vue &#224; Paris, au motif qu'ils se seraient trouv&#233;s &#171; &#224; Thessalonique (Gr&#232;ce) en septembre 2008 &#224; l'occasion de la Foire internationale et seraient des proches de Coupat qui &#224; l'occasion aurait pu rencontrer des autonomes allemands. &#187; Le m&#234;me jour, des amis de la m&#234;me bande (la PJ de Marseille) interpellaient quatre membres du comit&#233; de soutien de Forcalquier. L'AFP parlait de la distribution de tracts contenant des menaces de mort &#224; l'&#233;gard de Squarcini, directeur central du renseignement int&#233;rieur, accompagn&#233;es de l'adresse personnelle de ce dernier. Plus tard, quand les quatre ont &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233;s sans poursuites, l'AFP d&#233;mentait les menaces. En fait, la r&#233;alit&#233; &#233;tait encore plus anodine : ce qui avait motiv&#233; l'ire du superflic, ce n'&#233;tait qu'une photo qui avait circul&#233; sur Internet, o&#249; figurait &#224; c&#244;t&#233; d'un interphone &#224; son nom un tract du comit&#233; de d&#233;fense appelant &#224; une r&#233;union (tract sans mention de Squarcini). Le caract&#232;re grotesque de l'op&#233;ration fut encore accru par le pi&#232;ge tendu &#224; un membre d'une d&#233;l&#233;gation venue demander des nouvelles des interpell&#233;s &#224; la pr&#233;fecture de police de Marseille. Invit&#233; &#224; les rencontrer, cet homme, membre de la Ligue des droits de l'homme, fut en fait plac&#233; 24 heures en garde &#224; vue au motif qu'il serait l'auteur de la photo !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;sum&#233; : des fantasmes, des constructions mentales emberlificot&#233;es, des comportements de voyous et toujours rien qui justifie que Julien Coupat en soit &#224; six mois de d&#233;tention pr&#233;ventive. En d&#233;cembre, il m'&#233;crivait dans un petit billet : &#171; Il y en en effet, dans toute cette affaire, une dimension de comique involontaire que l'on rel&#232;ve trop peu. Bien plus qu'une poign&#233;e d' &#171; anarcho-autonome &#187;, la menace, pour ce r&#233;gime, est d'&#234;tre englouti dans un &#233;clat de rire. &#187; Souhaitons de ne pas trop longtemps rire jaune. xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Rue89, 28 mai 2009&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Six mois pour rien ? Oh que non !
(premier bilan de l'affaire dite de Tarnac)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La lib&#233;ration annonc&#233;e de Julien Coupat (&#224; l'heure o&#249; j'&#233;cris ceci, son avocate attend toujours confirmation) ach&#232;ve de rendre ridicule aux yeux de tous l'op&#233;ration de communication mont&#233;e par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur avec l'aide de magistrats complaisants et de superpoliciers en qu&#234;te de justifications &#224; leurs lignes de cr&#233;dits. Pour l'heure, sur le terrain judiciaire, la victoire est loin d'&#234;tre compl&#232;te. Pour vaines qu'elles soient dans leur tentative de rupture des liens, d'individualisation des d&#233;fenses (interdictions de communiquer entre eux) et d'infantilisation (des trentenaires assign&#233;s &#224; r&#233;sidence chez leur parent), les mesures qui frapperaient l'int&#233;ress&#233;, comme celles impos&#233;es &#224; ses co-inculp&#233;s, ont encore le go&#251;t de ce qui se mange froid. La machine judiciaire &#233;tant fort mal &#233;quip&#233;e pour la marche arri&#232;re, un &#233;ventuel proc&#232;s pourrait se conclure sur un de ces verdicts mi-ch&#232;vres mi-choux, du type peines couvrant les d&#233;tentions, qui permettraient &#224; la fine &#233;quipe Alliot-Marie-Bauer-Squarcini de ne pas perdre la face. Il y a encore des batailles &#224; mener, pour l'abandon de la qualification &#171; terroriste &#187; d'abord, pour l'abandon pur et simple des poursuites ensuite. Mais &#224; cette &#233;tape, on peut d&#233;j&#224; faire quelques remarques pour contribuer &#224; un premier bilan de cette affaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sur le r&#244;le des m&#233;dias d'abord. A chaque fois que les autorit&#233;s &#233;tatiques annoncent de vastes entreprises de r&#233;pression, qu'il s'agisse d'op&#233;rations coups de poing en banlieue ou Ta&#239;ga en Corr&#232;ze, ces d&#233;ploiements de cagoul&#233;s avec leurs journalistes embedded prompts &#224; d&#233;nicher les trafiquants dans les cages d'escalier et autres &#171; &#233;piceries tapies dans l'ombre &#187;, le fonctionnement des m&#233;dias dominants est toujours le m&#234;me : c'est radio-poulaga, la parole univoque des Autorit&#233;s. Apr&#232;s, comme on est, para&#238;t-il, en d&#233;mocratie, les faiblesses du dossier apparaissant, il est toujours tant de laisser place &#224; l'esprit critique. Le temps passant, les libre opinions et les mobilisations se multipliant, l'affaire de Tarnac a constitu&#233; un cas assez rare de scepticisme m&#233;diatique g&#233;n&#233;ralis&#233; devant le discours gouvernemental. A l'exception de quelques organes qui se sont fait l'&#233;cho des faibles contre-attaques m&#233;diatiques de l'Int&#233;rieur (comme la soudaine et opportune apparition d'une liste de courses au Canada, et autres plaisanteries involontaires du Point), l'affaire de Tarnac a surtout servi de support &#224; la verve des humoristes. Ayant &#233;t&#233; le premier, je le signale sans excessive modestie, &#224; signaler dans un m&#233;dia national (ici-m&#234;me) le caract&#232;re bouffon de l'affaire, je me permettrai de faire remarquer aux travailleurs m&#233;diatique qu'il existe bien d'autres dossiers semblables, par exemple celui de la fusillade de Villers-le-Bel, o&#249; les inculp&#233;s auraient aussi besoin de leur esprit critique renouvel&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut quand m&#234;me s'interroger sur cette tendance r&#233;currente de ce qui se pr&#233;tend &#171; le quatri&#232;me pouvoir &#187; &#224; se faire porte parole de l'Int&#233;rieur. Directement d&#233;pendantes de cette oligarchie financi&#232;re dont Sarkozy est le fond&#233; de pouvoir, les directions des grands journaux sont tout naturellement port&#233;es &#224; relayer la parole du gouvernement ou celle de ses opposants institutionnels. Mais les journalistes de base, ceux qui, de piges en CDI, connaissent une pr&#233;carit&#233; qui les rapproche plus de la pl&#232;be que de l'hyperbourgeoisie mondiale en train de d&#233;truire la plan&#232;te, ces gens-l&#224;, pourquoi s'obstinent-ils &#224; servir la seconde (et ses pr&#233;toriens) aux d&#233;pens de la premi&#232;re ? Un terrible soup&#231;on nous saisit : serait-ce que la proximit&#233; avec la gent polici&#232;re est indispensable au maintien de leur gagne-pain ? Plus de tuyaux, plus de boulot ? Si c'&#233;tait &#231;a, quel triste aveux !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s ces premi&#232;res observations, il faudra passer &#224; l'essentiel : constater que dans cette affaire comme dans tant d'autres secteurs (des sans-papiers &#224; l'&#233;ducation, du gaz aux entreprises cass&#233;es, et notre tr&#232;s ch&#232;re Guadeloupe), l'esprit de r&#233;bellion a connu un renouveau qui pourait produire de l'impr&#233;vu dans les ann&#233;es &#224; venir. L'id&#233;e du communisme est d&#233;battue &#224; nouveau (m&#234;me si elle est encore, pour certains philosophes, f&#226;cheusement associ&#233;e au serial-killer Mao). A travers la belle insurrection pacifique des comit&#233;s de soutien, &#224; travers les &#233;changes sur Internet et dans les bistrots, les manifs et les assembl&#233;es, une intelligence collective est en train de na&#238;tre, qui ne s'en laisse plus compter. Des t&#226;ches immenses l'attendent, comme de comprendre comment les mouvements sociaux pourraient se f&#233;d&#233;rer en dehors des institutions syndicales et partitaires qui ne visent au final qu'&#224; maintenir l'existant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cher Julien, comme le montre ton interview, tu sembles dot&#233; d'une nature et d'un style (dans la vie comme dans l'&#233;criture) qui t'ont permis d'affronter ces six mois de d&#233;tention sans d&#233;g&#226;ts. Ces six mois d'incarc&#233;ration arbitraire n'ont pas &#233;t&#233; perdus, pour nous tous. Mais enfin, je ne doute pas que ta sortie puisse &#234;tre une bonne nouvelle pour toi, comme elle l'est pour nous. Bienvenue &#224; l'air libre, Julien, tu vas pouvoir nous aider &#224; critiquer s&#233;rieusement l'Insurrection qui vient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un proc&#232;s qui sent la poussi&#232;re</title>
		<link>http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?article89</link>
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		<dc:date>2009-06-19T10:25:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Quadruppani</dc:creator>

<category domain="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique7">Archives</category>


		<description>En raison des attaques que subit de temps &#224; autre ma notice wikip&#233;dia de la part de quelques allum&#233;s qui n'ont rien d'autre &#224; foutre que d'essayer me nuire, je mets en ligne une lettre &#224; Val&#233;rie Igounet, auteure qu'ils invoquent volontiers &#224; l'appui de leurs calomnie. J'avais &#233;crit cette lettre en 2000 en r&#233;action &#224; la parution de son livre &quot;Histoire du n&#233;gationnisme en France&quot;, &#233;d. Seuil. Ceux pour qui tout &#231;a est du martien, peuvent se reporter sur le m&#234;me site &#224; &quot;Daeninckx ou la calomnie (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;En raison des attaques que subit de temps &#224; autre ma notice wikip&#233;dia de la part de quelques allum&#233;s qui n'ont rien d'autre &#224; foutre que d'essayer me nuire, je mets en ligne une lettre &#224; Val&#233;rie Igounet, auteure qu'ils invoquent volontiers &#224; l'appui de leurs calomnie. J'avais &#233;crit cette lettre en 2000 en r&#233;action &#224; la parution de son livre &quot;Histoire du n&#233;gationnisme en France&quot;, &#233;d. Seuil. Ceux pour qui tout &#231;a est du martien, peuvent se reporter sur le m&#234;me site &#224; &quot;Daeninckx ou la calomnie pour vocation&quot;.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#224; Val&#233;rie Igounet Paris, le 25 avril 2000&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Madame,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai pris connaissance avec int&#233;r&#234;t de votre livre Histoire du n&#233;gationnisme en France. Je ne n'ai pas encore eu le temps de lui consacrer une lecture approfondie mais ce genre de travail a &#233;videmment toute ma sympathie, dans la mesure o&#249; il peut contribuer &#224; clarifier l'histoire d'un d&#233;lire et &#224; percer ce que mes amis et moi avons appel&#233;s voil&#224; quelques ann&#233;es &#171; le masque moderne de l'antis&#233;mitisme &#187;. Toutefois, un premier survol me donne le sentiment que cet excellent programme n'est pas tout &#224; fait rempli.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1&#176; S'agissant du contenu de La Banquise, vous ne semblez pas saisir la diff&#233;rence entre le fait de critiquer l'usage mystificateur du g&#233;nocide, et le fait d'en nier la r&#233;alit&#233;. La deuxi&#232;me d&#233;marche &#233;tait celle de Guillaume, de la Guerre Sociale et de leurs groupuscules alli&#233;s. La premi&#232;re d&#233;marche, qui est certes discutable mais qui inclut n&#233;cessairement la reconnaisance de la r&#233;alit&#233; du g&#233;nocide, &#233;tait celle de La Banquise. Les textes de cette derni&#232;re revue p&#233;chaient par leur l&#233;g&#232;ret&#233; intellectuelle sur le si lourd sujet des chambres &#224; gaz, et ils contenaient quelques odieuses b&#234;tises, fruits de l'arrogance et du go&#251;t de la provocation propres aux milieux &#171; radicaux &#187;. Je me suis assez &#233;tendu l&#224;-dessus dans ma contribution &#224; Libertaires et &#171; ultra-gauche &#187;&#8230; pour ne pas y revenir. J'ajouterai seulement que la pire ambigu&#239;t&#233; &#233;tait sans doute la r&#233;f&#233;rence &#233;logieuse au texte sur les camps publi&#233; par la Guerre Sociale, texte dont nous critiquions pourtant un peu plus loin les fondements. De votre part, il aurait &#233;t&#233; plus conforme &#224; l'honn&#234;tet&#233; intellectuelle de signaler justement cette critique et aussi le fait qu'avec tous ses d&#233;fauts, la revue fut la seule, dans les milieux &#171; ultra-gauche &#187; et &#224; cette &#233;poque (1983), &#224; d&#233;noncer publiquement le caract&#232;re antis&#233;mite du raisonnement faurissonien sur la IIe guerre mondiale, et l'idiotie naus&#233;abonde de ses pinaillages sur le terme &#171; g&#233;nocide &#187;. Inutile de vous citer les num&#233;ros des pages, vous &#234;tes docteur en histoire, vous savez forc&#233;ment de quoi je parle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2&#176; A ce propos, je suis vraiment surpris des &#233;tranges nouveaut&#233;s qui semblent avoir &#233;t&#233; introduites dans la m&#233;thodologie de la recherche fran&#231;aise. Il me semble que vous n'avez eu aucun contact avec les anciens r&#233;dacteurs de La Banquise. S'agissant d'histoire contemporaine, comment avez-vous pu mettre en cause, et de fa&#231;on si grave des individus sans avoir seulement tent&#233; de leur parler ? Plus g&#233;n&#233;ralement, il me semble que, s'agissant de l'histoire du micro-milieu qui a connu en son sein la d&#233;rive des Guillaume-Thion-Blanc et de leurs s&#233;ides, on pouvait faire l'effort de tenter d'approcher tous ceux qui l'avaient compos&#233; : quelques dizaines de personnes tout au plus. Cela aurait mieux valu que de vous appuyer uniquement sur un Ferry dont la seule contribution publique &#224; la lutte contre le n&#233;gationnisme, ce sont les deux lettres qu'il a &#233;crites expr&#232;s pour votre livre. Des investigations moins univoques vous auraient permis de faire des d&#233;couvertes surprenantes sur les r&#233;elles positions de ce personnage lors de l'apparition de Faurisson dans l'ar&#232;ne m&#233;diatique, mais je n'en dirai pas davantage, me refusant, avec la m&#234;me sinc&#233;rit&#233; que lui, &#224; jouer les procureurs. Pas mal de gens auraient pu vous apprendre qu'il fut de mes amis et qu'&#224; l'&#233;poque o&#249;, selon lui, j'&#233;tais avec d'autres un &#171; id&#233;ologue ignorant &#187;, il cosignait avec moi deux romans historiques (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Chouan de Saint Domingue&lt;/i&gt; et &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Malandrine&lt;/i&gt;, Presses de la Renaissance, 1979 et 1980). Vous auriez pu aussi d&#233;couvrir que, depuis une dizaine d'ann&#233;es, il proclame urbi et orbi les raisons d'ordre priv&#233; qu'il a, selon lui, de nous en vouloir beaucoup, &#224; Christine Martineau et &#224; moi. A moins que vous ne sachiez d&#233;j&#224; tout cela ? Je n'ose l'imaginer, car alors, vous auriez sciemment accord&#233; &#224; un individu si peu fiable et si partial le r&#244;le de t&#233;moin num&#233;ro un.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3&#176; Vous avez &#233;galement un &#233;trange usage des correspondances priv&#233;es. Je sais, pour en avoir parl&#233; avec lui &#224; l'&#233;poque, que Gilles Dauv&#233; avait, en 1996, refus&#233; &#224; Bernard Ferry la permission de vous livrer la correspondance qu'ils &#233;taient en train d'avoir, permission que Ferry lui demandait explicitement. Or, non seulement, vous avez publi&#233; la lettre de Ferry, mais encore celle de Dauv&#233;&#8230; &#224; une coupure pr&#232;s (note 102, p.487). Serait-ce le passage o&#249; Dauv&#233; refuse la permission demand&#233;e ? Ce type de proc&#233;d&#233; est digne d'un Thion publiant les lettres de Vidal-Naquet sans son consentement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je sais &#233;galement, pour en avoir parl&#233; voil&#224; peu avec lui, que vous avez publi&#233; la lettre de Fran&#231;ois Cerruti &#224; Jacques Baynac sans en demander la permission &#224; l'auteur. Or cette lettre a &#233;t&#233; &#233;crite &#224; Baynac &#224; la suite de la publication de Libertaires et &#171; ultra-gauche &#187;&#8230; (et non de la publication d'un texte d'un romancier policier) pour tenter de clarifier la d&#233;rive de Guillaume, et prendre notre d&#233;fense, &#224; Dauv&#233; et moi : la pr&#233;cision est d'importance, quand on lit la note de la page 603 qui dit que, d'apr&#232;s Cerruti, il &#233;tait &#171; &#233;vident qu'&#224; cette &#233;poque-l&#224;, ils [Dauv&#233; et Quadruppani] n'&#233;taient pas fascistes &#187;. Les termes &#171; &#224; cette &#233;poque-l&#224; &#187;, d&#233;tach&#233;s du contexte, introduisent un flou carr&#233;ment calomnieux, et &#224; l'oppos&#233; de la pens&#233;e de Cerruti.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4&#176; Il est ridicule de parler, &#224; propos de Fran&#231;ois-Georges Lavacquerie, d'&#171; auto-critique &#187; (p. 488) : il n'avait pas plus &#224; s'auto-critiquer que vous, puisqu'il n'est jamais intervenu que pour critiquer le n&#233;gationnisme sur les bases les plus fermes, et avec une rigueur qui lui a valu des appr&#233;ciations tr&#232;s positives de M. Vidal-Naquet.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est scandaleux de dire de Christine Martineau et d'Herv&#233; Den&#232;s qu'ils &#233;taient &#171; aux c&#244;t&#233;s de Faurisson dans les ann&#233;es 80 &#187; (note 96, p.485), formule qui sugg&#232;re une forme de compagnonnage ou de collaboration : l&#224;, vous sombrez carr&#233;ment dans la calomnie. Ni l'un ni l'autre n'a jamais apport&#233; aucune forme de soutien au clown antis&#233;mite.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A premi&#232;re vue, sur l'essentiel &#8212; &#224; savoir le faurissonisme, ses rapports avec l'extr&#234;me-droite, et la d&#233;rive faurissonienne de Guillaume-Thion-Blanc &#8212; votre travail me para&#238;t solide et rigoureux. Mais d&#232;s qu'il s'agit de traiter cet aspect tr&#232;s secondaire : les insuffisances et ambigu&#239;t&#233;s de La Banquise et de ses r&#233;dacteurs, il me semble que vous c&#233;dez &#224; l'esprit du soup&#231;on et au go&#251;t de l'amalgame, tel qu'ils furent exacerb&#233;s par les r&#232;glements de comptes internes aux milieux du polar et de l'antifascisme militant en 96-97. Parce que vous auriez &#233;t&#233; soumise &#224; l'influence d'un romancier policier et/ou de ses inspirateurs, ce quarteron de rat&#233;s du CNRS aussi avides de reconnaissance sociale qu'un malheureux Ferry ? Apr&#232;s tout, cela vous regarde.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me devais toutefois de vous signaler les insuffisances et les ambigu&#239;t&#233;s de votre travail, dans la mesure m&#234;me o&#249; il a re&#231;u l'approbation de Pierre Vidal-Naquet dont j'estime, malgr&#233; quelques d&#233;saccords secondaires, que le travail en la mati&#232;re, par sa rigueur &#233;thique et sa solidit&#233; historique, est un socle fondateur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec mes sentiments de radicale hostilit&#233; envers l'antis&#233;mitisme, le racisme, et toutes les formes, m&#234;me infiniment plus anodines, de la passion d'exclure.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Serge Quadruppani&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;copie &#224; votre &#233;diteur
copie &#224; P. Vidal-Naquet&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;Pierre Vidal-Naquet r&#233;pondit &#224; l'envoi de la copie de cette lettre en me disant qu'en effet, Val&#233;rie Igounet aurait d&#251; m'interroger dans le cadre de la pr&#233;paration de son livre.&lt;/div&gt;
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	</item>



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		<title>L'onde, la vague et la mar&#233;e</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Quadruppani</dc:creator>

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		<description>Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro de janvier 2009 du Monde Diplomatique &lt;br /&gt;Le 15 mars 2008, les recteurs de 12 universit&#233;s italiennes lan&#231;aient &#224; Bologne Aquis, &#171; l'association des universit&#233;s les plus productives &#187;, dont le projet &#233;tait de mettre en concurrence les universit&#233;s pour l'obtention de financements, et ce sur des bases purement comptables et productivistes . Ainsi, le processus d'aziendalizzazione (transformation des services sur le mod&#232;le de (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro de janvier 2009 du Monde Diplomatique&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le 15 mars 2008, les recteurs de 12 universit&#233;s italiennes lan&#231;aient &#224; Bologne Aquis, &#171; l'association des universit&#233;s les plus productives &#187;, dont le projet &#233;tait de mettre en concurrence les universit&#233;s pour l'obtention de financements, et ce sur des bases purement comptables et productivistes . Ainsi, le processus d'aziendalizzazione (transformation des services sur le mod&#232;le de l'entreprise) semblait devoir, dans l'enseignement sup&#233;rieur, trouver son ach&#232;vement. Le paradoxe est que le gouvernement de M. Silvio Berlusconi, id&#233;ologiquement en symbiose avec cette tendance, r&#233;ussissait peu apr&#232;s &#224; faire l'unanimit&#233; des recteurs, &#171; productifs &#187; ou non, contre lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Arriv&#233; au pouvoir au moment o&#249; la crise financi&#232;re touchait une &#233;conomie italienne d&#233;j&#224; affaiblie, le cavaliere se d&#233;clarait confront&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; de restrictions financi&#232;res (budg&#233;taires). Le 25 juin, le conseil des ministres adoptait en neuf minutes des &#171; Dispositions urgentes &#187; (d&#233;cret-loi converti plus tard en loi 133), soit 85 articles dont une poign&#233;e pr&#233;voyait de tr&#232;s importantes r&#233;ductions de d&#233;penses dans l'enseignement sup&#233;rieur. Cette &#171; euthanasie de l'universit&#233; &#187; comme l'appelle Gaetano Azzariti, professeur de droit constitutionnel &#224; l'universit&#233; de Rome, &#233;tait un choix purement politique, privil&#233;giant certains secteurs de d&#233;veloppement &#233;conomique aux d&#233;pens de l'instruction et de la recherche .&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, pour chaque nouveau professeur embauch&#233; par une facult&#233;, il faudrait que deux cessent leur activit&#233;. D'autres mesures pr&#233;paraient le recours au financement priv&#233; ainsi qu'une augmentation des droits d'inscription impliquant pour les plus pauvres de souscrire des emprunts. Le 28 ao&#251;t, Mme Mariastella Gelmini, ministre de l'Instruction publique, de l'universit&#233; et de la recherche, pr&#233;sentait un autre d&#233;cret-loi pr&#233;voyant, outre des restrictions budg&#233;taires, le retour au &#171; ma&#238;tre unique &#187; (en Italie, dans les &#233;coles primaires, les cours sont donn&#233;s par plusieurs enseignants pour chaque classe), disposition qui se traduirait par la r&#233;duction de la dur&#233;e de pr&#233;sence des enfants. D'autres mesures ranimaient une certaine id&#233;e de l'&#233;cole &#224; l'ancienne, avec le retour des notes de conduite (id&#233;e d&#233;j&#224; avanc&#233;e sous le pr&#233;c&#233;dent gouvernement de centre-gauche) jusque dans le secondaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pareilles &#171; r&#233;formes &#187; s'inscrivaient dans la droite ligne d'une campagne men&#233;e par divers repr&#233;sentants de la droite sur le th&#232;me des gaspillages de l'&#233;cole , et notamment des frais trop &#233;lev&#233;s de personnel, qui s'effor&#231;ait de d&#233;tourner vers l'enseignement l'&#233;ternel ressentiment des Italiens (tr&#232;s souvent fond&#233;) contre le gaspillage des deniers publics. Il s'agissait en fait de poursuivre une tendance soutenue depuis une d&#233;cennie au moins par les gouvernements de droite et de gauche. Comme l'explique un &#233;crivain et homme de th&#233;&#226;tre engag&#233; aux c&#244;t&#233;s des opposants &#224; la &#171; r&#233;forme &#187; : &#171; A l'horizon, il y a la disparition de 87 000 postes d'enseignants en trois ans, dissimul&#233;s par le folklore des blouses et assaisonn&#233; par l'insipide retour du ma&#238;tre unique. [&#8230;] Derri&#232;re le retour de la vieille notation sur 10 et de la note de conduite, on attend des coupes dans l'&#233;cole publiques, proportionnelles &#224; l'augmentation des aides &#224; l'&#233;cole priv&#233;e, lesquelles ont augment&#233; de 65 % en 2001, aux d&#233;pens des citoyens. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est peu dire que la rentr&#233;e fut chaude. Le 15 septembre, les enseignants et les parents de l'&#233;cole Iqbal Masih, dans le quartier romain de Centocelle occupent leur &#233;tablissement. Le mouvement s'&#233;tend tr&#232;s vite &#224; toute l'Italie et prend le nom de &#171; Non Rubateci il Futuro &#187; (&#171; Ne nous volez pas l'avenir &#187;). Enfants, parents et enseignants dorment dans les &#233;coles, accrochent des banderoles, manifestent ensemble. Avec l'occupation du Lyc&#233;e Mamiani, la vague d'occupations, d'assembl&#233;es et de d&#233;bats gagne le secondaire. Puis le sup&#233;rieur, apr&#232;s la rentr&#233;e universitaire, le 5 octobre, &#224; Pise. Le 7, le rectorat de l'universit&#233; romaine de la Sapienza est occup&#233;e. Le 15, une assembl&#233;e r&#233;unit de 10 000 &#233;tudiants et des manifestants occupent Termini, la gare principale de la capitale. Le 17 octobre, jour de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des syndicats de base, un &#233;norme cort&#232;ge parcourt les rues de Rome, rejoint par 50 000 &#233;tudiants. A Bologne, Milan, Turin, Naples, Padoue, Palerme, les universit&#233;s sont occup&#233;es. Le mouvement s'auto-baptise Onda anomala (&#171; vague anormale &#187;). Le 30, pour la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des syndicats de l'&#233;cole, le flot des cort&#232;ges grossit encore. Le lendemain, c'est une d&#233;l&#233;gation &#233;tudiante qui lance devant l'assembl&#233;e annuelle du syndicat des m&#233;tallurgistes de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale italienne du travail (CGIL) le mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale aussit&#244;t repris par ce syndicat pour la journ&#233;e d'action du 12 d&#233;cembre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les militants port&#233;s par cette &#171; onda &#187; lui impriment des formes insolites. A travers les assembl&#233;es, les blogs prolif&#233;rants, les r&#233;seaux Internet, des centaines de textes sont &#233;labor&#233;s et amend&#233;s en commun, des professeurs donnent des cours dans la rue et proposent leurs analyses, le collectif d'&#233;crivains bolognais Wu Ming est invit&#233; &#224; parler devant un amphith&#233;&#226;tre bond&#233;. Une intelligence sociale na&#238;t. &#171; Ce qui est en train de se d&#233;velopper, c'est une auto-organisation de pr&#233;caires et d'&#233;tudiants dans l'universit&#233; &#187;, t&#233;moigne Aliocha, &#233;tudiant en lettres &#224; la Sapienza, et employ&#233; de banque pr&#233;caire. &#171; Certains sont &#224; la fois travailleurs pr&#233;caires et &#233;tudiant, d'autres chercheurs pr&#233;caires, d'autres juste pr&#233;caires. En concertation avec les syndicats de base, nous avons construit ensemble la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 17 octobre en l'organisant aussi sur des lieux de travail o&#249; la pr&#233;carit&#233; est v&#233;cue quotidiennement. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'Italie d'aujourd'hui, avec son taux de natalit&#233; en dessous du seuil de renouvellement des g&#233;n&#233;rations, est un pays o&#249; la jeunesse suscite presque autant d'inqui&#233;tudes que les immigr&#233;s. Dans une interview qui a inspir&#233; bien des banderoles, le ministre de l'&#233;conomie du pr&#233;c&#233;dent gouvernement avait trait&#233; les jeunes Italiens de bamboccioni, de gros b&#233;b&#233;s encore incapable de quitter le domicile familial. &#171; Ce mouvement marque la reprise d'un discours de r&#233;volte, de rupture g&#233;n&#233;rationnelle, analyse Francesco, doctorant &#224; Florence. C'est la premi&#232;re bataille g&#233;n&#233;rale contre la pr&#233;carit&#233; mais aussi contre une soci&#233;t&#233; organis&#233;e contre les jeunes, dans laquelle la flexibilisation de la jeunesse n'est jamais all&#233;e de pair avec l'obtention de garanties. Nous disons : vous nous avez d&#233;peints comme des voyous, des fain&#233;ants, des &#233;ternels gamins, alors qu'en fait nous sommes en mesure de discuter, d'imposer. &#187; Il souligne aussi une autre caract&#233;ristique du mouvement : &#171; Il appara&#238;t au moment o&#249; l'extr&#234;me gauche a disparu du parlement et o&#249; s'ach&#232;ve la dynamique de reconstitution de la politique sur le mod&#232;le bipolaire am&#233;ricain. C'est une mani&#232;re nouvelle de faire de la politique. Cr&#233;ons un nouveau d&#233;but, avec toutes les contradictions et les ambivalences&#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#171; onde anormale &#187; a manifest&#233; une grande maturit&#233; quand on a essay&#233; de l'entra&#238;ner sur le terrain de la violence, notamment avec la provocation du 29 octobre, o&#249; la police a aimablement laiss&#233; un groupe n&#233;o-fascistes introduire un camion de barres de fer dans une zone pi&#233;tonne pr&#232;s du S&#233;nat, avant de prot&#233;ger son repli apr&#232;s l'agression de manifestants. Mais l'image de gamins de treize, quatorze ans fuyant terroris&#233;s sous les coups de ceinture et de b&#226;tons des cr&#226;nes ras&#233;s n'a pas jou&#233; en faveur gouvernement. M. Berlusconi a aussi menac&#233; d'envoyer la police &#233;vacuer les universit&#233;s occup&#233;es, &#224; quoi la banderole &#171; Je n'ai pas peur &#187; (r&#233;f&#233;rence &#224; un roman &#224; succ&#232;s dans la jeunesse), d&#233;ploy&#233;e d'un bout &#224; l'autre de la p&#233;ninsule a r&#233;pondu en d&#233;dramatisant .&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans un pays encore marqu&#233; par le souvenir constamment manipul&#233; des &#171; ann&#233;es de plomb &#187;, le choix instinctif de la non-violence ne signifie pas pour autant celui d'un l&#233;galisme paralysant. Comme l'explique Tania, &#233;tudiante en sciences politiques &#224; la Sapienza, &#171; la tactique du blocage a &#233;t&#233; &#224; la fois spontan&#233;e et fruit de l'observation du mouvement &#8220;anti-CPE&#8221; en France en 2006 : blocage des gares, blocage de la circulation. C'est une fa&#231;on d'&#233;viter l'affrontement direct avec les forces de l'ordre, compte tenu de la r&#233;putation de la police italienne dans ce domaine. Mais il s'agit aussi de sortir de l'universit&#233;, de nous rendre visibles, de parler aux autres, avec la conscience de se battre pas seulement pour l'universit&#233; mais pour toute une g&#233;n&#233;ration, pour beaucoup de couches sociales, avec un discours qui touchait &#224; la crise. Nous avons alors mesur&#233; &#224; quel point notre mouvement rencontrait de sympathies. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les 15 et 16 novembre, &#224; Rome, au lendemain d'une manifestation oc&#233;anique, une assembl&#233;e des universit&#233;s de tout le pays, r&#233;partie en divers ateliers (sur la recherche, sur la p&#233;dagogie , sur la protection sociale&#8230; r&#233;digeait une s&#233;rie de textes &#171; pour l'auto-r&#233;forme de l'universit&#233; &#187;. L'atelier sur le &#171; Welfare &#187; - la protection sociale, suivi par un millier de personnes, d&#233;clarait, en pr&#233;liminaire &#224; son rapport : &#171; De plus en plus de personnes entrent dans le syst&#232;me de l'enseignement sup&#233;rieur, mais au prix d'un endettement. Et les savoirs auxquelles elles acc&#232;dent sont de plus en plus d&#233;qualifi&#233;s. Les processus de lutte se d&#233;placent donc sur le terrain du march&#233; du travail (o&#249; la production de savoirs et la formation occupent une place toujours plus importante) et sur celui de la protection sociale. &#187;
A la veille de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 12 d&#233;cembre, la ministre Gelmini amor&#231;ait une reculade : la disparition du &#171; ma&#238;tre unique &#187; devenait facultative et les &#233;coles pourraient &#234;tre ouvertes toute la journ&#233;e, tandis que la r&#233;forme du sup&#233;rieur &#233;tait repouss&#233;e &#224; 2010. Mais les coupes budg&#233;taires n'&#233;taient pas remises en question. Malgr&#233; pluies torrentielles et inondations, les manifestations organis&#233;es par la CGIL, les syndicats de base et la &#171; vague anormale &#187; ont r&#233;uni un nombre impressionnant de personnes (1,5 million selon la CGIL). M&#234;me si, apr&#232;s la pause de fin d'ann&#233;es, elle doit prendre d'autres formes, il para&#238;t peu probable que la vague laisse place au calme plat.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'un bout &#224; l'autre de la p&#233;ninsule l'Onda a r&#233;pandu un mot d'ordre : &#171; Nous ne paierons pas pour votre crise &#187;. Premier mouvement social de grande ampleur en Europe depuis la grande d&#233;b&#226;cle &#233;conomico-financi&#232;re, il n'est sans doute pas le dernier. D&#233;j&#224; les &#171; surfeurs &#187; de l'onde ont vu leur semblables se mettre en mouvement de l'autre c&#244;t&#233; de la mer Ionienne, en Gr&#232;ce, o&#249; le soul&#232;vement de la jeunesse a pris d'autres formes. En Italie, des manifestations de solidarit&#233; avec la jeunesse grecque ont ponctu&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Faisant allusion au jeune homme tu&#233; par la police &#224; Ath&#232;ne, le mot d'ordre de l'&#171; onda &#187; proclamait : &#171; Insaisissables, Inma&#238;trisables, Irrepr&#233;sentables. De la Gr&#232;ce &#224; l'Italie avec Alexis dans le c&#339;ur. &#187; Ici, l&#224;-bas et ailleurs, on esp&#232;re d'autres vagues. Et pourquoi pas la mar&#233;e ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



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		<title>Coeur pur et langue ac&#233;r&#233;e, Jean Malaquais, un Javanais &#224; l'assaut du capitalisme</title>
		<link>http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?article87</link>
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		<dc:date>2009-01-26T09:36:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Quadruppani</dc:creator>

<category domain="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique10">Archives de l'avenir</category>


		<description>Ceci est un article &#224; para&#238;tre, en italien, dans &quot;Alias&quot;, suppl&#233;ment culturel du quotidien &quot;Il manifesto&quot; &lt;br /&gt;En 1968, dans les premiers jours du beau mois de mai, aux abords de la Sorbonne occup&#233;e, une star faisait son apparition, provoquant curiosit&#233;, attroupement, adulation, brouhaha, d&#233;tournant sur soi une partie de l'&#233;nergie discuteuse alors employ&#233;e en ces lieux &#224; changer le monde (et elle l'a d'ailleurs chang&#233;). Cette vedette des lettres et de la politique incarnait &#224; (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Ceci est un article &#224; para&#238;tre, en italien, dans &quot;Alias&quot;, suppl&#233;ment culturel du quotidien &quot;Il manifesto&quot;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1968, dans les premiers jours du beau mois de mai, aux abords de la Sorbonne occup&#233;e, une star faisait son apparition, provoquant curiosit&#233;, attroupement, adulation, brouhaha, d&#233;tournant sur soi une partie de l'&#233;nergie discuteuse alors employ&#233;e en ces lieux &#224; changer le monde (et elle l'a d'ailleurs chang&#233;). Cette vedette des lettres et de la politique incarnait &#224; la fois quelques-uns des plus beaux moments de la po&#233;sie fran&#231;aise et le pire des compromissions avec la catastrophe stalinienne. Il fallait nommer cela. Ce fut fait par un groupe de loustics qui s'empress&#232;rent d'aller chercher dans les caves d'une librairie alors tr&#232;s bien fr&#233;quent&#233;e un minuscule opuscule, d'un format de cinq centim&#232;tres sur quatre, au titre blasph&#233;matoire : &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le nomm&#233; Louis Aragon, ou le patriote professionnel&lt;/i&gt;. Il y &#233;tait rappel&#233; les palinodies du personnage f&#233;rocement antipatriote dans sa jeunesse (&#171; si nous devons faire la guerre, que ce soit au moins sous le glorieux casque &#224; pointe allemand &#187;, &#233;crivait-il dans les ann&#233;es 20) et platement patriotard dans l'apr&#232;s-guerre (ses tr&#232;s oubliables hymnes &#224; la France), son ode &#224; la GPU et autres serviles services rendus aux repr&#233;sentants en France du Petit p&#232;re des peuples. La brochurette faisait partie d'une collection de poche, &#171; Les &#233;gaux &#187;, symbolis&#233;e par deux silhouettes d'hommes se touchant du poing dans le style ouvri&#233;riste vaguement homosexuel des ann&#233;es 30 et publi&#233;e en suppl&#233;ment &#224; la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Masses&lt;/i&gt;. Dans cette derni&#232;re s'exprimait la critique de gauche du stalinisme, en s'appuyant sur Rosa Luxembourg, la tradition libertaire et anarcho-syndicaliste, le bordiguisme et le communisme de conseil. Jean Malaquais, auteur de ce libelle attaquant l'une des ic&#244;nes les plus respect&#233;es de la culture fran&#231;aise, pr&#233;sentait la double particularit&#233; d'&#234;tre un ardent compagnon du courant conseilliste et le prix Renaudot 1939.
De lui, que j'ai connu vers la fin de sa vie, je garde, entre autres, deux souvenirs qui me paraissent incarner les deux p&#244;les du personnage, entre les tripes et la t&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Du c&#244;t&#233; des tripes, c'est peu dire qu'il d&#233;testait les flics. Quand nous nous promenions, pr&#232;s de chez lui et non loin de chez Mitterrand, au long de ces quais de Seine dont l'un lui avait donn&#233; son pseudonyme, chaque fois que nous croisions un couple de policiers (on sait que Paris est l'une des villes les plus fliqu&#233;es du monde), je voyais son expression se durcir, son regard clair virer au noir et on sentait que ce petit bonhomme presque octog&#233;naire n'avait pas d&#251; &#234;tre commode dans le combat rapproch&#233;. Une fois sur deux, il me racontait ce jour o&#249;, jeune apatride vivant dans la d&#232;che &#224; Paris - comme Orwell et &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque que lui, il s'&#233;tait r&#233;fugi&#233; une nuit qu'il mourait de froid, sous la b&#226;che d'un &#171; carrousel &#187; (vieux mot fran&#231;ais pour man&#232;ge) et qu'il en avait &#233;t&#233; d&#233;log&#233; &#224; coups de pied par un sergent de ville.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Du c&#244;t&#233; de la t&#234;te, je revois encore les feuillets de l'avant-propos d'un livre que j'ai publi&#233; en 1989 (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'antiterrorisme en France&lt;/i&gt;), alors &#224; l'&#233;tat de manuscrit et que je lui avais soumis. C'&#233;tait cribl&#233; de corrections au stylo rouge, avec une impressionnante minutie d'amoureux de la langue fran&#231;aise, de ses pi&#232;ges grammaticaux, de ses subtilit&#233;s syntaxique, de sa musique Grand Si&#232;cle et de ses variantes populaires. Il me semble entendre encore sa diction vol&#233;e aux grands bourgeois d'autrefois, son fran&#231;ais ch&#226;ti&#233; et ses tournures argotiques accompagn&#233;es de guillemets auditifs, r&#233;p&#233;ter que l'histoire moderne repose sur la reproduction &#233;largie du capital.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La meilleure notice biographique existante, &#224; ma connaissance, sur Jean Malaquais se trouve sur http://www.left-dis.nl/, site qui a pour fonction de &#171; mettre &#224; la disposition du plus grand nombre des textes touchant l'histoire de la Gauche communiste, celle que L&#233;nine avait attaqu&#233;e comme &#171; extr&#233;miste &#187; dans la Maladie infantile du communisme. &#187; On y lit que Jean Malaquais est n&#233; &#224; Varsovie le 11 avril 1908 dans une famille polonaise juive non croyante. &#171; Son p&#232;re, professeur de lettres, &#233;tait un amoureux des livres. Sa m&#232;re &#233;tait une militante socialiste du Bund juif internationaliste qui s'&#233;tait d&#233;velopp&#233; en Pologne. Sa famille dispara&#238;tra dans les camps hitl&#233;riens pendant la deuxi&#232;me guerre mondiale. &#187;
Le site affirme aussi que son vrai nom &#233;tait Malacki, pr&#233;nom Vladimir, et c'&#233;tait bien ce qu'il disait quand je l'ai connu, et c'&#233;tait bien sous ce nom qu'il &#233;tait connu dans les milieux militants. Le site &#171; Plan&#232;te Malaquais &#187; (malaquais.org) lui rajoute deux pr&#233;noms, Jean et Pavel. Mais Genevi&#232;ve Nakach, &#233;ditrice de la correspondance entre Norman Mailer et notre auteur, raconte dans une interview au site litt&#233;raire du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; : &#171; Malaquais ne s'est jamais consid&#233;r&#233; comme juif. J'ai appris tardivement qu'il s'appelait en r&#233;alit&#233; Isra&#235;l Pinkus. En consultant pour mes recherches un registre de l'Institut juif de Varsovie, j'y ai d&#233;couvert le nom du p&#232;re de Malaquais, Morduck Malacki, professeur ind&#233;pendant, et, au cimeti&#232;re juif, j'ai trouv&#233; de nombreuses tombes portant ce pr&#233;nom l&#226;ch&#233; un jour par Malaquais &#224; sa fille : Isra&#235;l Pinkus. Rentr&#233;e &#224; Paris, j'ai continu&#233; mon enqu&#234;te et sur l'extrait de naissance du fils de Malaquais, (.&#8230;) il &#233;tait inscrit &#171; fils d'Alina Einsenberg et d'Isra&#235;l Pinkus Malacki &#187;. Pourquoi a-t-il occult&#233; ce pr&#233;nom ? parce que Malaquais ne voulait pas se pr&#233;senter comme juif. Interview&#233; en 1953 sur le lien qu'il faisait entre sa cr&#233;ation et la juda&#239;t&#233;, il avait r&#233;pondu : &#171; Je ne me suis jamais consid&#233;r&#233; comme juif et s'il y a quelques juifs r&#233;ussis dans mes romans, c'est un peu un hasard(&#8230;) &#187; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'il avait mis tant d'ardeur &#224; attaquer Aragon, c'&#233;tait parce que le po&#232;te &#171; prototype du patriote apatride professionnel &#187;, &#233;tait &#224; ses yeux l'antith&#232;se de ce dont lui se revendiquait : la qualit&#233; d'apatride internationaliste. Le refus de toute appartenance autre qu'humaine allait de pair avec un go&#251;t &#233;rudit pour la diversit&#233; des humains, pour les langues, les accents, les m&#233;tissages, qui se donne joyeusement &#224; voir dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Javanais&lt;/i&gt;, kal&#233;idoscope d'accents et d'argots magnifiquement traduit dans la version italienne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le jeune Malacki quitte la Pologne &#224; dix-sept ans, juste apr&#232;s avoir pass&#233; son bac, il traverse l'Europe, l'Orient et l'Afrique. En 1927, il travaille chez un avocat &#224; Casablanca. Il d&#233;barque &#224; Toulon en 1926, repart de France et y revient &#224; plusieurs reprises, exer&#231;ant divers rudes m&#233;tiers, comme mineur dans les mines d'argent et de plomb de La-Londe-les-Maures, localit&#233; voisine de la ville de Hy&#232;res, sur la C&#244;te d'Azur. Cette mine, propri&#233;t&#233; anglaise, dont le minerai &#233;tait envoy&#233; directement &#224; Swansea, servira de cadre aux Javanais. Mais avant, le jeune Malacki devra faire le d&#233;tour par Gide.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1935, tandis qu'il fr&#233;quente la Gauche communiste (trotskistes dissidents et bordiguistes) Malacki est, la nuit, d&#233;bardeur aux Halles. Et comme il fait glacial en ce mois de d&#233;cembre, il passe ses apr&#232;s-midi &#224; la biblioth&#232;que Sainte-Genevi&#232;ve, bien chauff&#233;e, o&#249; il d&#233;couvre dans la NRF un texte de Gide qui le met en fureur : &#171; Je sens aujourd'hui, gravement, p&#233;niblement, cette inf&#233;riorit&#233; de n'avoir jamais eu &#224; gagner mon pain, de n'avoir jamais travaill&#233; dans la g&#234;ne &#187;. Scandalis&#233;, le jeune Malacki envoie &#224; l'&#233;crivain une lettre incendiaire o&#249; il l'informe que &#171; s'il &#233;tait superbement &#224; m&#234;me de faire des livres, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il n'avait pas &#224; faire le man&#339;uvre ; que, si lui se sentait inf&#233;rieur de manger son content, je ne me sentais nullement sup&#233;rieur de ne point manger &#224; ma faim &#187;. Andr&#233; Gide r&#233;pond &#224; ce courrier, en y joignant 100 francs, que le jeune homme s'empresse de lui renvoyer. Gide l'invitant &#224; venir le voir, s'ensuit le fameux dialogue : &#171; C'est toi Malacki ? &#187; &#171; C'est toi Gide ? &#187; Comme dit le site left-dis : &#171; Personne n'avait os&#233; tutoyer le grand &#233;crivain. Flairant vite un &#233;crivain dou&#233;, passionn&#233; et riche d'une exp&#233;rience de paria, Gide lui donna de l'argent qui lui servit &#224; louer une maison en province, tout le temps n&#233;cessaire &#224; l'&#233;criture de son roman &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Javanais&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il s'ensuivrait aussi une correspondance qui garderait toujours la trace du premier &#233;change. Malaquais, face au Grand Ecrivain, se posait en ex-vagabond, qui se moquait des poses de son correspondant. Mais il restait fraternel, reconnaissant toujours, in fine, sa dette : &#171; T'ai-je assez dit combien cette amiti&#233; a chang&#233; le sens de ma vie ; que, proprement, je lui dois le bonheur d'&#234;tre vivant !&#8230; &#187; Le bonheur d'&#234;tre vivant, c'&#233;tait celui d'avoir pu d&#233;crire cette &#171; &#238;le &#187; imaginaire, certes fortement inspir&#233;e de l'exp&#233;rience de La Londe-les-Maures, mais ramassant aussi toute l'exp&#233;rience de son errance dans les soutes du Vieux Continent : &#171; Java &#187;, village des mineurs, habit&#233; par des &#171; hommes qui se comprennent &#224; l'aide d'un parler fait de toutes les langues et qui n'en est aucune &#187;. Hans, l'Allemand qui a &#233;chapp&#233; au peloton d'ex&#233;cution malgr&#233; sa participation aux soviets de marin, Kamo, l'Arm&#233;nien &#233;chapp&#233; au g&#233;nocide, Hilary le chanteur de Blues, Elisabeth, la Russe qui voit Staline dans la chemin&#233;e de l'usine, Daoud le musulman qui aime le vin et toute une humanit&#233; de r&#233;prouv&#233;e &#233;voque irr&#233;sistiblement cette figure essentielle de notre modernit&#233;, avec ses richesses de civilisation : le sans-papier, qui, malgr&#233; la surexploitation patronale et la r&#233;pression polici&#232;re, peut toujours se mettre en gr&#232;ve (de l'Andalousie &#224; la R&#233;gion parisienne), foutre le feu &#224; son centre de r&#233;tention (Vincennes) ou simplement sortir dans la rue (Lampedusa).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 1939, Jean Malaquais, le &#171; nouveau grand &#233;crivain &#187; selon Trotski, avait beau &#234;tre apatride, il se trouvait au front, dans les troupes fran&#231;aises, quand un sous-off, m'a-t-il racont&#233;, est venu lui annoncer la nouvelle de son Prix Renaudot. En e&#251;t-il eu le go&#251;t, qu'il n'aurait gu&#232;re eu le temps de jouir des succ&#232;s mondains que garantit ce genre de r&#233;compense. Ses Carnets de Guerre racontent la b&#234;tise des chefs et la soumission des subordonn&#233;s. Plus tard, Plan&#232;te sans visa racontera la suite de la d&#233;faite fran&#231;aise, l'attente des r&#233;prouv&#233;s politiques pr&#232;s de Marseille, dans l'Europe sous la botte nazie, l'espoir d'un visa pour le Nouveau Monde. Ensuite, ce sera l'exil au Mexique, o&#249; il se liera d'amiti&#233; avec Victor Serge puis New York, puis, la guerre finie, le retour en France, la rencontre de Norman Mailer dont il traduira Les nus et les morts, et le d&#233;but d'une amiti&#233; que raconte un autre volume de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Correspondances&lt;/i&gt;. Et toujours l'activit&#233; dans ces groupes que la ministre fran&#231;aise de l'Int&#233;rieur qualifierait aujourd'hui d' &#171; ultra-gauche anarcho-autonome &#187;, car bien s&#251;r Malaquais sera en France en 68 et en Pologne quand na&#238;tra Solidarnosc.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Traducteur de Mailer, sp&#233;cialiste de Kierkegaard, participant &#224; l'aventure de l'&#233;dition de Marx dans la Pl&#233;iade, admis &#224; la table des Rotschild, il e&#251;t pu devenir un de ces singes savants du spectacle culturel qu'il abhorrait. Mais sa d&#233;testation du nomm&#233; Louis Aragon tenait aussi au fait que ce dernier incarnait &#224; ses yeux l'opportunisme, l'aptitude &#224; virer de bord suivant les vents dominants : &#171; ex-dada&#239;ste, ex-surr&#233;aliste, ex-auteur du Con d'Ir&#232;ne(&#8230;) ex-lui-m&#234;me &#187;. Lorsque Jean Malaquais meurt le 22 d&#233;cembre 1998 &#224; 90 ans, citoyen am&#233;ricain en Suisse, il ne sera pas salu&#233; par tous les journaux comme son &#339;uvre, puissante et profonde l'aurait m&#233;rit&#233; (il faudra que le temps fasse son &#339;uvre et que ses livres soient r&#233;&#233;dit&#233;s), mais il aura su rester, jusqu'au bout, profond&#233;ment, lui-m&#234;me : le gamin chass&#233; du carrousel par les flics, enrag&#233; par l'injustice et affam&#233; d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des Tarnac partout !</title>
		<link>http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?article85</link>
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		<dc:date>2008-12-15T16:02:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Quadruppani</dc:creator>

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		<description>publi&#233; dans Sin&#233; Hebdo du 10/12/2008 &lt;br /&gt;Le village o&#249; Julien Coupat et ses amis (accus&#233;s sans preuve de sabotages de cat&#233;naires) faisaient pousser des carottes et tenaient une &#233;picerie, se trouve &#224; quelques kilom&#232;tres de Gentioux, o&#249; se dresse l'un des rares monuments aux morts de la guerre de 14 explicitement pacifiste. &#192; c&#244;t&#233; d'une plaque proclamant : &#171; maudite soit la guerre &#187;, la statue d'un petit paysan en sabots l&#232;ve le poing. Chaque ann&#233;e, une manifestation pacifiste (...)


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&lt;a href="http://quadruppani.samizdat.net/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;Tarnacoi ?&lt;/a&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le village o&#249; Julien Coupat et ses amis (accus&#233;s sans preuve de sabotages de cat&#233;naires) faisaient pousser des carottes et tenaient une &#233;picerie, se trouve &#224; quelques kilom&#232;tres de Gentioux, o&#249; se dresse l'un des rares monuments aux morts de la guerre de 14 explicitement pacifiste. &#192; c&#244;t&#233; d'une plaque proclamant : &#171; maudite soit la guerre &#187;, la statue d'un petit paysan en sabots l&#232;ve le poing. Chaque ann&#233;e, une manifestation pacifiste rassemble l&#224; plusieurs centaines de personnes. Tarnac est aussi sur les pentes du plateau des Millevaches, o&#249; Georges Guinguoin a cr&#233;&#233; l'un des tous premiers et plus importants maquis communistes, alors m&#234;me que son parti en &#233;tait encore au pacte germano-sovi&#233;tique. Tarnac est encore &#224; deux pas de Villedieu o&#249;, pendant la guerre d'Alg&#233;rie, la population rameut&#233;e par son maire a bloqu&#233; les voies de chemin de fer pour emp&#234;cher le passage des convois de rappel&#233;s. Enfin, dans le cimeti&#232;re de Tarnac, il n'y a pas beaucoup de croix&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voici donc une terre o&#249; l'on a su r&#233;sister aux bourrages de cr&#226;ne patriotard, p&#233;tainiste, stalinien, colonialiste, religieux&#8230; Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'on y r&#233;siste mieux qu'ailleurs au bourrage de cr&#226;ne antiterroriste : c'est l&#224; qu'est n&#233;, rassemblant une bonne part de la population, le premier de ces comit&#233;s de d&#233;fense qui ont surgi ensuite de Rouen &#224; New York, de Lausanne &#224; Bruxelles. C'est de l&#224; que sont parties la plupart des analyses qui ont ensuite &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es par tant de plumes prestigieuses, pour d&#233;monter l'op&#233;ration de terrorisation de l'opinion pilot&#233;e par Mich&#232;le Alliot-Marie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans une France qui se pr&#233;pare &#224; envoyer les enfants de 12 ans en prison apr&#232;s avoir d&#233;tect&#233; d&#232;s la maternelle les perturbateurs, o&#249; les chiens policiers font irruption dans les classes (voir la lettre de Zo&#233; et son papa en courrier des lecteurs), ou l'on d&#233;couvre les conditions ignobles des gardes &#224; vue seulement quand elles affectent un journaliste, nous avons d&#233;cid&#233;ment besoin que se r&#233;pande l'esprit de Tarnac.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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